Trois de nos ancêtres sur la sellette




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Trois de nos ancêtres sur la sellette

- 7 millions d'années Toumaï Le plus vieux et le plus à l'ouest

Sahelanthropus tchadensis, surnommé Toumaï, est la dernière vedette du box-office des fossiles. C'est d'abord un crâne, ­ visage plat et petites dents ­ découvert en 2001, au Tchad, par une mission franco-tchadienne dirigée par Michel Brunet, professeur à l'université de Poitiers. En raison de son ancienneté, 7 millions d'années, il est au coeur de toutes les polémiques.

Certains paléontologues lui contestent son statut de plus vieux représentant du rameau humain et en font un ancêtre du gorille ! Non content d'être le plus ancien, Toumaï vivait à 2 500 km à l'ouest de la Rift Valley, la faille nord-sud qui coupe l'Afrique en deux et traditionnel berceau de l'humanité. Il ébranle ainsi la théorie de l'East Side Story selon laquelle les hommes ne se seraient développés qu'à l'est de la Rift. Les singes ayant, eux, évolué à l'ouest. Michel Brunet continue ses recherches, persuadé qu'il y a beaucoup d'autres fossiles, peut-être même plus vieux, à découvrir dans la région.

- 6 millions d'années Orrorin Le bipède qui grimpe aux arbres

orrorin (Orrorin tugenensis, de son vrai nom), signifie homme originel (tugenensis faisant référence aux collines Tugen, au Kenya, où furent trouvés les fossiles de cette espèce qui vivait il y a 6 millions d'années. Découvert en 2000 ­ d'où le surnom d'Ancestor millenium ­ par Brigitte Senut (Museum national d'histoire naturelle) et Martin Pickford (Collège de France), on ne connaît de lui que quelques fragments, surtout des jambes, et des dents. Assez grand ­ 1,20 mètre ­ avec un fémur plus long que celui de Lucy, la célèbre australopithèque, des signes clairs de bipédie, mais une phalange de doigt longue, mince et incurvée, trahissant son goût pour la grimpette aux arbres ; des molaires d'une taille comparable à celles des hommes et un émail épais. Depuis sa découverte, il est défendu mordicus par ses inventeurs comme notre plus vieil ancêtre, au détriment de Toumaï, que Brigitte Senut et Martin Pickford ont même présenté comme un ancêtre (femelle) des gorilles.

- 5,2 millions d'années Ardipithecus Le petit frère d'Ethiopie

En 1992 le chercheur américain Tim White et son équipe découvrent dans le Middle Awash (Ethiopie) des fragments d'un squelette fossile. Baptisé Ardipithecus ramidus par ses inventeurs et daté à 4,5 millions d'années, il se voit par la suite affublé d'une sous-espèce Ardipithecus ramidus kadabba, découverte par Yohannes Hailé Sélassié en 1997, datée de 5,2 à 5,8 millions d'années. Enfin, en janvier 2005, de nouveaux fossiles d'Ardipithecus étaient publiés dans la revue britannique de référence Nature. Selon les auteurs, ces fossiles démontrent une aptitude à la bipédie. Tim White a ensuite donné le statut d'espèce à part entière à Ardipithecus kadabba... pour finalement, en 2004, proposer que Orrorin, Toumaï et Ardipithecus soient considérés comme un genre unique, sur la foi de l'analyse de leurs dents. Une mise à égalité vigoureusement réfutée par les tenants des deux autres prétendants au titre de plus vieil ancêtre de l'homme.



Course au meilleur ancêtre en Afrique

Il gisait en Ethiopie, à 75 kilomètres au sud du squelette de Lucy seulement, mais dans des couches archéologiques bien plus anciennes. Perdu au milieu d'ossements d'éléphants, de chevaux, de rats, de rhinos, de pierres et de galets. Il n'avait plus donné de nouvelles depuis 5,2 à 5,8 millions d'années et voilà que par l'intermédiaire d'une équipe américano-éthiopienne qui vient de découvrir ses restes, il revendique être le plus «ancien ancêtre humain» retrouvé (1).

Branches. La nouvelle pourrait faire se retourner les dents et le fémur d'Orrorin tugenensis, alias Millenium ancestor à qui l'on prête 6 millions d'années. Mais qu'importe, l'irruption de ce nouveau venu dans la famille ravit les paléontologues qui «veulent toujours avoir mis la main sur le spécimen le plus ancien ou le plus tôt engagé dans la bipédie pour en faire le dernier ancêtre commun», s'amuse Pascal Picq, du Collège de France. Mais ils manquent de fossiles de plus de cinq millions d'années et comptent sur celui qui se présente pour l'instant sous le nom d'Ardipithecus kadabba (comme «ancêtre basique de la famille» en langue Afar) pour les aider à dessiner les branches de leur arbre généalogique.

«Ce gars est plus jeune que Millenium ancestor», explique Pascal Picq. Mais pas de beaucoup: 500 000 ans seulement les séparent. «Cela confirme l'idée de diversité à la base du rameau [de l'évolution], souligne Brigitte Senut, du Muséum national d'histoire naturelle. Dans ces périodes anciennes, ils étaient pas mal à habiter l'Afrique.» De quoi enterrer définitivement la théorie de la vision linéaire de l'évolution «Il n'y a plus de fossiles sagement rangés dans la chronologie», confirme Pascal Picq. De quoi remiser aussi certaines théories darwiniennes. «Avant 2,5 millions d'années, tous nos ancêtres étaient très inféodés aux arbres, continue le chercheur. Nous nous en sommes libérés depuis très peu de temps et le modèle de la savane qui apparaît et nous pousse à évoluer» ne tient plus debout.

Une phalange de pied incurvée d'Ardipithecus kadabba prouve que le vieux «gars» se suspendait et grimpait aux arbres. Mais il semblerait qu'Ardipithecus n'ait pas attendu la savane et les milieux ouverts pour marcher debout. Les restes de tous les plus vieux hominidés ont été retrouvés dans des environnements boisés, cela ne les a pas empêchés d'être bipèdes. La savane? Les hominidés s'y sont aventurés plus tard, «il y a 4,4 millions d'années, précise dans un communiqué Yohannes Haile-Selassie qui a mené les recherches. A peu près au moment où Australopithecus a fait son apparition, et donc bien après que les hominidés et les chimpanzés se sont séparés.»

Portrait. Pour l'instant, les paléontologues n'ont pas exhumé suffisamment de restes d'Ardipithecus kadabba pour pouvoir lui tirer le portrait et savoir exactement à quoi il ressemblait. Des os vingt pour cent plus épais que ceux de Lucy, la taille d'un chimpanzé actuel, des dents dont la morphologie laisse penser qu'il devait croquer moins de feuilles tendres et plus de fruits: pour l'instant ce sont les seuls éléments dont disposent les chercheurs. Il leur faudrait d'autres os pour déterminer avec certitude son moyen de locomotion et son mode de vie. Les fouilles vont donc continuer dans la région. Pour essayer de reconstituer la fresque en mosaïques des habitants de l'époque et remonter encore plus loin dans le temps.



(1) Nature du 12 juillet 2001.


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