Histoire 1e Étude d’œuvre




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Histoire 1e



Étude d’œuvre


La Guerre (Der Krieg), triptyque

Page 11




Auteur

Otto Dix

Titre

la Guerre (Der Krieg), triptyque

Dimensions

468 X 204 cm

Date de création

entre 1929 et 1932

Matière de l’œuvre

Tempera sur panneaux de bois

Lieu de conservation

Staatliche Kunstsammlungen, Dresde

Crédits

© De Agostini/Leemage/ © Adagp, Paris 2011



Présentation


Le peintre allemand Otto Dix a connu la guerre de 1914-1918 comme soldat (artilleur puis mitrailleur), engagé volontaire. Après la guerre, il a continué à peindre de nombreuses œuvres pour témoigner de son expérience, dont ce triptyque monumental exécuté entre 1929 et 1932.

L’œuvre est un hommage aux grands maîtres de la Renaissance allemande comme Grünewald ou Altdorfer par la forme (un triptyque semblable aux retables d’autel) et par la technique (tempera, glacis). Elle est aussi une œuvre emblématique de l’entre-deux-guerres et du mouvement de la « Nouvelle Objectivité » qui cherche à provoquer une réaction émotionnelle intense.

L’œuvre se lit de gauche à droite, chaque panneau « racontant » avec précision un moment de la bataille à la manière des romanciers comme Ernst Jünger (« Orages d’acier ») ou Erich-Maria remarque (« A l’Ouest rien de nouveau ») : le départ vers le front, le champ de bataille après les combats, le retour des survivants, le repos qui ressemble à la mort (panneau inférieur, la prédelle). L’auteur s’est représenté sous les traits du survivant à droite. Otto Dix décrit avec précision ce monde des tranchées qu’il a connu, l’armement si meurtrier, les protections dérisoires, les paysages ravagés.

Il témoigne avec force d’une réalité crue et inhumaine de la guerre qui détruit les hommes et la civilisation à un moment où il sent arriver de nouvelles menaces avec le nazisme. Il fut d’ailleurs considéré par les nazis comme un peintre « dégénéré » et son triptyque dût être caché pour échapper à la destruction que connurent d’autres œuvres du peintre.



Composition


Structure



Otto Dix s’inspire du modèle religieux des retables d’autel, à la manière des maîtres de la Renaissance. Les tableaux d’autel apparaissent dès le XIIIe siècle. Pour son œuvre, Otto Dix a puisé en particulier son inspiration dans le célèbre retable d’Issenheim (près de Colmar), du peintre Matthias Grünewald (début xvie).

Le principe des retables est d’articuler plusieurs volets autour d’une partie centrale. Les panneaux peuvent être sculptés ou peints. Il existe une grande variété de formes. Otto Dix a choisit la forme du triptyque, associant à un grand panneau central carré deux panneaux latéraux. Il a ajouté à cet ensemble un panneau inférieur, développé horizontalement, que l’on nomme une prédelle.

Le choix de cette forme si spécifique pour son œuvre montre l’importance toute particulière qu’il lui accorde. Il l’a utilisé également pour une autre œuvre majeure, « Grande Ville ».

Pour « La Guerre », la forme lui permet de faire un parallèle entre la souffrance des soldats et celle du Christ et des martyres des retables anciens. Il peut également réunir en un même tableau plusieurs éléments d’une même histoire.

La structure des panneaux est organisée de façon symétrique et régulière, là aussi dans la tradition des triptyques anciens aux scènes cloisonnées.

Cependant, Otto Dix introduit de la modernité et casse les codes classiques et introduisant un grand nombre de lignes verticales et désordonnées, comme des piques plantées dans les corps, le ciel, la terre et qui évoquent la violence de la guerre.



Couleurs


Admiratif des primitifs allemands, Otto Dix adopte pour son œuvre la technique « a tempera » avec ses manipulations compliquées mais un résultat exceptionnel en termes de nuances de couleurs, de précision des traits et d’effets de transparence.

Les panneaux de bois sont d’abord recouverts de nombreuses couches de colle de collagène et de carbonate de calcium. Ensuite, l’artiste peint avec une peinture dont les pigments sont liés au jaune d’œuf. C’est la finition avec un vernis à l’huile qui donne les effets de transparence et révèle la richesse du travail sur le contraste des couleurs.



Otto Dix utilise un nombre limité de couleurs, sombres et proches les unes des autres (bruns, noirs, marrons, ocres…). La technique en révèle tous les contrastes. Ainsi, le regard ne pénètre pas trop vite au cœur de l’œuvre, en découvre progressivement tous les détails, toute la précision du trait, toutes les horreurs : végétal, minéral, animal se mêlent, à première vue, tout en restant distincts dans les détails.

  • À gauche, les soldats sont enveloppés d’une brume translucide, leurs casques luisent vers la lumière de la bataille.

  • Au centre, entrailles, terre, bois calciné, armes, corps… ne font qu’un tout en restant bien visibles.

  • À droite, Otto Dix a accentué les contrastes de couleurs, opposant au rouge et au noir du ciel, le blanc bleuté des survivants.

  • Dans la prédelle, toute en nuances d’ocres et bruns, les rats aux pieds des soldats ne dévoilent pas tout de suite leur présence.

Codes religieux


Otto Dix est un admirateur de Matthias Grünewald et de son retable d’Issenheim.

Présentation du retable d’Issenheim de Grünewald, référence pour le triptyque d’Otto Dix.

http://www.musee-unterlinden.com/grunewald-retable-d-issenheim-ferme.html
Puisant son inspiration dans l’intensité dramatique exprimée dans le retable du xvie siècle, il transpose dans le monde des tranchées la souffrance du Christ qui devient celle des hommes. Il emprunte au Saint Jean-Baptiste de Grünewald le geste de la main qu’il attribue au squelette suspendu à une poutrelle. De même, la scène de la prédelle évoque l’œuvre d’Hans Holbein (xvie), « Le corps du Christ mort dans la tombe ». Il sait également que ces références religieuses sont parfaitement comprises par ses contemporains.

Les panneaux correspondent chacun à une étape de la Passion du Christ, l’ensemble des souffrances et supplices qui ont accompagné sa mort et dont le récit est relaté dans la Bible :

  • la montée à la croix

  • la Crucifixion

  • la descente de la croix

  • la mise au tombeau.

La Crucifixion, dans le panneau central est saisissante par le traitement d’une violence extrême qu’en a fait Otto Dix : deux jambes suspendues dans les airs, criblées de trous suintants de sang noir, un élément de la croix , le reste étant « noyé » sous un amas de chairs et de corps et, à l’opposé, dans le coin sombre de l’angle inférieur gauche, une tête décapitée à peine visible portant une couronne de barbelés, telle la couronne d’épines du Christ.

Otto Dix symbolise le cycle des combats et plus largement celui de la vie : mort/re-naissance. 


Interprétations


Un récit


Le triptyque se lit, comme un roman, de gauche à droite pour terminer par la prédelle. Il suffit de suivre les personnages, comme le squelette fiché en haut d’une poutrelle qui nous indique le chemin. Otto Dix « raconte » la guerre à la manière crue des romanciers comme Erich-Marie Remarque.

  • Le panneau de gauche montre le départ des soldats vers le front. La scène est un hommage à E.M. Remarque qui écrit dans son roman « A l’ouest rien de nouveau » : « Sur la route passent des troupes ; les casques d’acier luisent au clair de la lune avec des reflets mats. Les têtes et les fusils émergents de la blancheur du brouillard […] les tuniques, les pantalons et les bottes sortent du brouillard comme d’un étang de lait. Ils se forment en colonne. […] on ne reconnaît plus les individus ; ce n’est qu’un coin sombre allant lentement de l’avant, complété bizarrement par les têtes et les fusils qui semblent sortir, en nageant, de l’étang de brouillard. ».

  • Le panneau central est consacré au champ de bataille après l’assaut. Morts et survivants (l’un se cache) se mêlent dans un paysage ravagé de ruines et de cratères d’obus.

  • Le panneau de droite met en scène Otto Dix lui-même qui s’est représenté extirpant un camarade blessé de l’enfer. Un soldat rampe au sol.

  • La prédelle montre trois hommes allongés, c’est le repos après le combat achevé… en attendant le suivant. 

Un reportage


Engagé volontaire dès 1914, Otto Dix est plusieurs fois blessé, se bat en France, en Russie. Il connaît donc bien le monde terrible qu’il décrit et dans lequel il a vécu de longs mois.

Comme un journaliste scrupuleux, délivré de la censure qui s’exerçait pendant la guerre et qu’il avait dû contourner quand il dessinait dans les moments d’ennui de sa vie de soldat, il nous livre sa description de l’univers du front :

  • On peut identifier les éléments de l’équipement du fantassin allemand qui s’est adapté, à partir de 1915, aux conditions nouvelles de la guerre : le casque à pointe en cuir a laissé place au casque en acier « Stahlhelm », l’équipement réglementaire comprend tout le nécessaire pour tenir plusieurs jours au front.

  • On voit l’armement qui s’est, lui-aussi, adapté aux nouvelles formes de combat : armes offensives (fusil Mauser, modèle Gewehr 98, arme performante, pesant quatre kilogrammes, adoptée en 1898 face au célèbre fusil Lebel français ; grenades à manche redoutables dans les tranchées ; baïonnettes, symboles de la violence de combats au corps à corps ; munitions de mitrailleuse) et aussi armes défensives comme les masques anti gaz qui font leur apparition en 1915.

  • En dehors des combats, Otto Dix évoque également la dureté du quotidien avec ces rats à peine visibles au pied des soldats endormis.

  • Dix s’attache surtout à montrer les conséquences de la guerre. La bataille est terminée, elle a laissé place aux morts et blessés, aux paysages dévastés par les bombardements et dont les trous d’obus forment des cratères lunaires au milieu des ruines. 

Un témoignage 


Otto Dix se fait le témoin de l’inhumanité de la guerre. On est loin des représentations édulcorées, des images de propagande diffusées pendant la guerre ou encore de l’art nazi qui exalte la guerre et la force.

  • Le triptyque dépeint avec précision, panneau par panneau, les étapes de l’anéantissement des individus. Otto Dix se concentre sur la représentation des effets de la guerre sur les hommes (mutilations corporelles, atteintes psychologiques), sur la nature (terre dévastée, crevée de trous d’obus), sur la civilisation (ruines).

  • Pourtant, Otto Dix au milieu de cette souffrance, garde une lueur d’espoir : il se montre sauvant un camarade de l’enfer : l’héroïsme, la fraternité, la soif de vivre, malgré tout.

  • L’œuvre est réalisée durant la période qui voit le nazisme s’installer dans la fragile République de Weimar née de la défaite de 1918. A la veille de la nomination d’Hitler comme chancelier, Otto Dix pressent les dangers du retour à l’exaltation de la violence et de la guerre et veut, par sa peinture, conjurer la menace. »

  • Otto Dix appartient au mouvement artistique nommé la  Nouvelle Objectivité, issu du courant expressionniste. Il cherche à provoquer une réaction émotionnelle intense chez le spectateur en projetant dans les œuvres une subjectivité qui amplifie la réalité. Chez Otto Dix, cela se traduit, par exemple, par l’attention toute particulière qu’il porte à la représentation des regards et des mains de ses personnages. Pour lui, le regard et les mains sont le reflet extérieur des tourments intérieurs de l’individu. La taille des mains est exagérée pour exprimer toute la violence, la douleur et les sentiments intérieurs des personnages



© Magnard 2011 Page sur


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