Avis défavorable de la Commission communale consultative «Femmes et ville» concernant le projet isatis




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Avis défavorable de la Commission communale consultative « Femmes et ville »

concernant le projet ISATIS (ouverture d’un Eros Center à Liège)



    1. Rappel : la Charte Egalité Femmes/Hommes

La Commission communale consultative est mandatée pour remettre des avis sur les projets de la Ville de Liège en veillant à ce qu’ils réduisent les inégalités entre femmes et hommes. La Commission « Femmes et Ville » rappelle en effet que le Conseil Communal de la Ville de Liège, en signant la Charte « Egalité Femmes – Hommes » le 17 décembre 2001, s’est engagé notamment à intégrer la dimension de l’égalité entre femmes et hommes dans toutes les politiques, à éliminer toute forme de discrimination entre femmes et hommes et à sensibiliser l’opinion publique en diffusant une image des femmes et des hommes qui sort des stéréotypes discriminatoires.



    1. Position de la Commission communale consultative « Femmes et Ville » en matière de prostitution1

Le projet de création d’un Eros Center est étroitement lié à la problématique de la prostitution et est pour nous contraire aux principes contenus dans la Charte « Egalité Femmes – Hommes » :




  • la légalisation de la prostitution, institution inégalitaire repose sur l’exploitation des êtres humains -majoritairement des femmes et des enfants- alors que la demande prostitutionnelle provient presque exclusivement des hommes ;

  • la perspective d’un marché du sexe ne ferait qu’entériner l’assujettissement d’un certain nombre de femmes, d’enfants et d’hommes à cette demande.



  1. Analyse du projet




    1. Eros center et Ville de Liège

Pour le projet d’Eros Center, même si le discours officiel prétend que « ce n’est pas la Ville de Liège qui porte le projet mais l’asbl ISATIS », nous constatons que :




  • le Conseil d’administration de l’asbl est composé, notamment, de quatre conseillers communaux; bien que ceux-ci soient présents à titre privé, cela montre l’implication de la Ville de Liège ;

  • le terrain pour la construction des salons de prostitution sera mis à disposition par la Ville de Liège ;

  • un-e gestionnaire pour mettre en place le projet serait engagé-e par la Ville de Liège ;

  • la Ville de Liège sera garante de l’emprunt d’un montant de 5 millions d’euros pour la construction du bâtiment.

Il existe une contradiction entre l’implication d’un pouvoir public dans un tel projet -ce qui revient à légitimer d’une certaine manière la prostitution- et le fait que la Belgique est signataire d’un accord abolitionniste (1949).




    1. Projet ISATIS

Au vu des arguments sociaux avancés par l’asbl ISATIS, nous avons analysé le projet afin de rendre un avis nuancé sur base de ces questions centrales :


Le projet ISATIS est né pour répondre à quels problèmes ? Est-ce la bonne réponse ?

Les objectifs avancés2 seront-ils rencontrés par l’ouverture d’un Eros center ?




  1. Le projet ISATIS ne concerne que la prostitution en vitrine et pas le racolage, les bars à serveuses, les salons de massage, les petites annonces,… Il ne va donc pas résoudre les problèmes de nuisances liés à la prostitution, n’éliminera pas l’exploitation sexuelle et la traite des êtres humains, ne contribuera pas à diminuer les réseaux clandestins ni à augmenter la sécurité de celles/ceux qui sont le plus vulnérables (prostitution de rue, racolage) en raison du profil des clients et ce, à cause du cloisonnement du secteur.




  1. L’obligation de prendre un statut (celui d’indépendant) pourrait institutionnaliser cette activité et par ailleurs encourager la personne prostituée à poursuivre une activité qu’elle n’aurait souhaitée que temporaire et occasionnelle. En outre, les nombreuses personnes qui ne souhaitent pas prendre ce statut vont rester dans la clandestinité.

  2. Le projet est cher et inadéquat au regard des objectifs avoués de pallier la fermeture des salons (en avril 2009). Présenté comme une réponse à celle-ci, le projet - non opérationnel dans l’immédiat et dont l’utilisation serait officiellement limitée dans le temps - se justifie t il encore ? La mise à la disposition d’un bâtiment existant aurait suffi pour rencontrer le problème de relogement des personnes expulsées.




  1. La personnalité juridique du propriétaire n’est pas précisée et aucun plan de reconversion du bâtiment n’est prévu en cas de problème quel qu’il soit.




  1. Quelles associations s’occupant de prostitution à Liège, réunissent à la fois les compétences et les ressources nécessaires pour développer, diriger le projet et, par la suite, en assurer le fonctionnement et la gestion ?




  1. Contrairement aux objectifs avancés, le projet ISATIS contribue à la banalisation de la prostitution ; il en facilite le commerce et comporte le risque d’amener de nouvelles femmes dans le système prostitutionnel.




  1. Bien qu’un important volet social ait été mis en avant dans le projet, aucun plan concret social et de réinsertion pour les prostituées n’apparaît clairement. Les missions évoquées dans le projet (information, aide, prévention) étant déjà assurées par des associations de soutien aux prostituées; on ne distingue donc pas clairement la valeur ajoutée du projet ISATIS.



  2. L’approche de la « réduction des risques » liés à la prostitution ne semble pas être la bonne perspective car elle s’attaque aux conséquences et non aux causes de la prostitution. Si une telle approche s’avère efficace pour les problèmes de dépendance à une substance, elle n’est pas adaptée et s'avère nettement insuffisante concernant la prostitution. En effet, ce ne sont plus les personnes qui consomment qui sont visées mais les personnes prostituées qui sont « le produit » consommé par un client. De plus, cette approche n’envisage pas la sortie de la prostitution et réduit son intervention à la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST). Cette approche ne tient pas compte du rôle des clients dans la transmission de ces infections.


  1. Avis et recommandations de la Commission Femmes & Ville



Compte tenu de l’analyse du projet, la Commission communale consultative Femmes et Ville déconseille la poursuite de ce projet d’Eros center et émet à ce propos un avis nettement défavorable.
La Commission Femmes et Ville demande aux autorités communales :


  1. d’appuyer et soutenir les associations qui développent des programmes concrets de réinsertion et d’accompagnement des personnes prostitué-e-s qui veulent quitter le système prostitutionnel ;




  1. de lutter contre les causes de la prostitution par :

  • l’organisation, pour l’ensemble de la population, de campagnes de prévention et de sensibilisation concernant le système prostitutionnel ;

  • l’intégration dans tous les programmes scolaires et ce dès le plus jeune âge, de la notion d’éducation à l’égalité entre les femmes et les hommes. En ce inclus dans les cours d’éducation sexuelle le rejet de la banalisation de la prostitution et de l’industrie du sexe.




1 Annexe 1 : « Manifeste sur la Prostitution ».

2 Les objectifs avancés sont repris en annexe 2.


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