Les relations du canada avec les inuit, des premiers contacts à nos jours : aperçu de la politique préparé par Public History Inc. Sarah Bonesteel, auteure principale




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LES RELATIONS DU CANADA AVEC LES INUIT, DES PREMIERS CONTACTS À NOS JOURS : APERÇU DE LA POLITIQUE



LES RELATIONS DU CANADA AVEC LES INUIT, DES PREMIERS CONTACTS À NOS JOURS : APERÇU DE LA POLITIQUE


Préparé par Public History Inc.

Sarah Bonesteel, auteure principale

www.publichistory.ca

Pour la Direction de la recherche stratégique et de l’analyse

Affaires indiennes et du Nord Canada

Erik Anderson, gestionnaire principal de la recherche et éditeur

Juin 2006

Les opinions exprimées dans ce rapport sont celles des auteurs et n’engagent nullement Affaires indiennes et du Nord Canada.
TABLE DES MATIÈRES
Préface iii

Résumé vii

Méthodologie xix

Contact des Inuit avec les explorateurs, les baleiniers et les

commerçants de fourrures jusqu’aux années 1930 1

La décision Re Eskimo de 1939 et ses répercussions sur les relations

entre l’État et les Inuit 7

L’acculturation et l’assimilation des Inuit après la Seconde

Guerre mondiale 12

Les préoccupations concernant le NORAD et le Réseau d’alerte avancé 18

Le droit, la justice et le maintien de l’ordre 23

La souveraineté dans l’Arctique et les réinstallations des Inuit 40

Le système d’identification par numéro I des Esquimaux 56

Le développement des organisations politiques inuites 60

Entente sur les revendications territoriales globales 77

Le logement 91

Les soins de la santé 111

L’éducation 130

Le développement économique et l’économie des Inuit 148

L’autonomie gouvernementale des Inuit et la gouvernance 168

L’environnement 182

Les Inuits en milieu urbain 195

Bibliographie 208

Photographies 273


TABLEAUX

Tableau 1 : Organisations politiques inuites et leurs revendications territoriales respectives 65

Tableau 2 : Programmes fédéraux et territoriaux de logement 105

Tableau 3 : Statistiques de l’emploi des peuples autochtones par

secteur industriel, T.N.-O. 151

Tableau 4 : Programmes fédéraux de développement et d’aide

économiques 163
ANNEXES

Annexe A : Acronymes et terminologie 276

Annexe B : L’histoire de l’administration des Inuit au Canada, des

premiers contacts à nos jours 280

Annexe C : Structure des associations inuites au Canada 284

Annexe D : Entente sur les revendications territoriales globales

des Inuit 285

Annexe E : Sources d’informations disponibles à Bibliothèque et

Archives Canada 291

Notes 340



Préface
L’histoire des relations entre les Inuits et le gouvernement du Canada en est une de négociation, de compromis et de résistance. Ces relations se sont développées autour d’une longue discussion à propos de la reconnaissance des droits et d’une lutte pour faire entendre la voix inuite dans le système politique canadien. Les Inuits ont accompli des progrès prodigieux dans ce domaine, donnant maintenant leur avis avec autorité et force sur plusieurs questions qui les concernent. La discussion et la négociation se poursuivent, toutefois, sur des enjeux tels que le contrôle des terres et des ressources, l’environnement, les programmes sociaux ainsi que l’importance et la rapidité du changement et ses répercussions sur la sauvegarde de la langue, de la culture et du mode de vie traditionnel. Ces enjeux et négociations complexes se jouent à différents niveaux, à l’échelle nationale comme internationale.
La création par le gouvernement du Canada du Secrétariat des relations avec les Inuits en 2005 marque une percée importante dans la lutte pour une voix politique inuite. Cette organisation, qui fait partie d’Affaires indiennes et du Nord Canada, a été mise sur pied à la demande des représentants inuits qui réclamaient un centre de coordination au gouvernement fédéral afin de régler les enjeux qui concernent particulièrement les Inuits. Le Secrétariat se fait le défenseur des Inuits au sein du système fédéral, favorise l’élaboration d’une politique fédérale les concernant et vise à rendre plus pertinents et efficaces les programmes et politiques fédéraux actuels qui les touchent. Il réunit et offre des ressources, de l’information, des conseils et de l’expertise en ce qui concerne les questions inuites dans l’ensemble du système fédéral.
Un des premiers points abordés lors de la mise sur pied du Secrétariat était le besoin d’une meilleure compréhension et d’une plus grande reconnaissance des relations historiques entre les Inuits et le gouvernement du Canada. L’histoire des relations du gouvernement du Canada avec les Premières nations est bien documentée, mais on en sait beaucoup moins sur l’histoire de ses relations avec les Inuits. Une compréhension de l’évolution des traités, de la Loi sur les Indiens et de la politique indienne générale est la clé de la compréhension et de l’amélioration des relations actuelles entre les Premières nations et le gouvernement du Canada; de même, la compréhension des relations historiques entre les Inuits et le gouvernement du Canada est elle nécessaire à l’élaboration d’une politique inuite. La logique est simple : il est impossible de créer des politiques judicieuses pour l’avenir sans d’abord s’intéresser au passé et comprendre le présent.
À la suite de ces premières discussions au sein d’Affaires indiennes et du Nord Canada, un projet a été lancé, qui s’est conclu par la publication de ce livre. La Direction de la recherche stratégique et de l’analyse d’Affaires indiennes et du Nord Canada a mené ce projet, qui a commencé par un petit contrat conclu avec une entreprise locale spécialisée dans les relations entre les Autochtones et le gouvernement, Public History Inc. Le destinataire principal devait d’abord être Affaires indiennes et du Nord Canada, puis les autres ministères fédéraux qui s’intéressent aux Autochtones ou à la région du Nord. Le projet devait d’abord être une analyse thématique et descriptive générale des événements précis et des raisons administratives qui ont mené à l’élaboration historique de politiques. C’est pourquoi la majeure partie de la recherche portait sur des sources secondaires, publiées ou non. Les premiers commentaires positifs des ministères et un examen du projet avec Inuit Tapiriit Katanami, une organisation inuite nationale canadienne1, nous ont convaincus d’élargir la portée du projet de façon à englober une perspective historique plus vaste. Cette recherche pouvait désormais intéresser beaucoup plus de gens, dont les organisations inuites, les gouvernements, les collectivités et le grand public.
L’élargissement de la portée de la recherche visait principalement à y inclure un point de vue inuit, ce dernier n’étant pas souvent visible dans les sources secondaires. Par conséquent, nous avons ajouté au départ un volet « entrevues » au projet. Ces entrevues se sont déroulées en anglais avec des Inuits qui avaient une expérience ou une connaissance directes des négociations avec le gouvernement fédéral. L’auteur et le réviseur aimeraient remercier tous ceux qui ont généreusement donné de leur temps et offert leurs compétences, tout particulièrement Rosemarie Kuptana pour la révision de la première version du texte pour en assurer la fidélité. Certes, il ne s’agit pas en définitive de l’histoire inuite racontée d’un point de vue inuit, mais plutôt de l’histoire de l’élaboration de politiques inuites par le gouvernement fédéral. Il reste d’innombrables histoires à être contées par les Inuits qui sont essentielles à une compréhension équilibrée des relations entre les Inuits et le gouvernement du Canada. Nous croyons, cependant, que cet aperçu constituera une ressource et une référence indispensables pour ceux qui formulent des politiques visant le Nord ou les Inuits ou pour ceux qui souhaitent simplement mieux comprendre l’évolution des politiques inuites fédérales.
La majeure partie de la recherche et toutes les entrevues ont été menées de façon experte par Sarah Bonesteel de Public History Inc., avec l’aide et l’appui des propriétaires de Public History et de leurs employés. Mme Bonesteel a des connaissances anthropologiques, archéologiques et ethnohistoriques et possède une vaste expérience en matière de recherche et une connaissance directe du Nord canadien. De plus, le travail n’aurait pu être accompli sans l’aide généreuse de Sylvain Ouellet et de Claudia Fournier d’Affaires indiennes et du Nord Canada. La recherche suit un schéma thématique par souci de commodité, et il y a des chapitres sur des sujets tels que l’éducation, les soins de santé, les revendications territoriales, etc. Enfin, comme aperçu et introduction du sujet, des notes en fin d’ouvrage et des annexes détaillées et méticuleusement documentées ont été ajoutées pour aider ceux qui souhaitent approfondir la recherche d’un thème en particulier.
Chaque année, de plus en plus d’études décrient la situation socioéconomique des Inuits dans le Nord canadien. De nombreux commentateurs politiques, qu’ils soient Inuits ou non, ont fortement dénoncé les conditions de vie inacceptables de nombreux Inuits canadiens. Certes, d’aucuns reconnaissent l’importance de garder une forte population inuite dans le Nord canadien, et de nombreuses déclarations en ce sens font allusion à un intérêt national. En vue d’atteindre cet objectif, il faut continuer d’observer les conditions socioéconomiques des premiers résidants du Nord canadien et de formuler des politiques appropriées en collaboration avec ceux dont on veut améliorer la situation. Pour trouver la meilleure façon d’y arriver, nous devons comprendre ce qui s’est passé. Nous présentons ce livre comme un aperçu historique des relations entre les Inuits et le gouvernement du Canada et de la politique inuite fédérale dans l’espoir d’améliorer les connaissances et la compréhension de ce sujet afin d’améliorer la vie des Inuits du Canada.
Erik Anderson

Gestionnaire principal de la recherche

Direction de la recherche stratégique et de l’analyse

Résumé

Les Inuit et leurs ancêtres ont habité l'Arctique canadien depuis des temps immémoriaux. Des vestiges archéologiques révèlent une présence humaine dans l’Arctique datant d’environ 12 000 ans dans la région du détroit de Béring Les Inuit de l’ère moderne ont immigré vers l’Est à partir de l’Alaska pour peupler l’ouest et l’est de l’Arctique, le Nord du Québec et le Labrador, il y a environ 1 000 ans1. Les Inuit à l’ouest de l’Arctique sont appelés Inuvialuit, signifiant « de vrais êtres humains »2. C’est au Xsiècle que les Inuit ont rencontré pour la première fois des Européens, à l’occasion des voyages de l’islandais Erik le Rouge qui l’ont mené jusqu’à Terre-Neuve et au Labrador3. À la fin du XVe siècle, les explorateurs européens sont arrivés sur les côtes nord-est de l’Amérique du Nord, cherchant de l'or et le passage vers l’Asie par le Nord-Ouest. Des missionnaires moraves ont créé les premiers établissements permanents chez les Inuit du Labrador en 1765, œuvrant à la santé et au bien-être des populations locales et facilitant leurs activités de pêche commerciale4.


En dépit de l’interaction des Inuit avec les Européens, les Inuit ont migré de façon saisonnière et régionale en fonction de la disponibilité des ressources naturelles et ont conservé leur mode de subsistance traditionnel bien dans le XXe siècle La chasse commerciale à la baleine a débuté dans l'est et dans l'ouest de l'Arctique à la fin du XVIIIe siècle. En 1840, les Américains, les Anglais et les Écossais avaient établi leur poste de chasse à la baleine jusqu’à Pond Inlet et à la baie de Cumberland à l'Ouest5. En échange de produits européens, comme des couteaux et des aiguilles en métal, des fusils, du tabac, des vêtements et des aliments, les Inuit troquaient souvent divers articles provenant de leur mode traditionnel de subsistance. Il pouvait s'agir de peaux et de viande de caribou, de fanons, de défenses de morse, de chiens et de poisson. L’industrie de la baleine a atteint son sommet dans les années 1860, et les équipages ont alors commencé à se procurer des revenus additionnels en s’adonnant à la chasse au caribou, au phoque et au morse ainsi qu’en pêchant et en piégeant les renards au cours des saisons ultérieures. Ces activités ont abouti à la surexploitation d’un grand nombre de ressources traditionnelles assurant la subsistance des Inuit, privant gravement les populations de baleine boréale, de bœuf musqué et de caribou, ce qui a conduit à une exploitation accrue de la fourrure du renard étant la plus rentable6. À la fin du XIXe siècle, les commerçants de fourrures ont commencé à aller plus au nord, dans l’ancien territoire de chasse à la baleine, pour ouvrir des postes et inciter les Inuit à piéger les renards7.
L’arrivée des chasseurs de baleine et des commerçants de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) dans toutes les régions de l'Arctique a été suivie de près par l'arrivée de la Police à cheval du Nord-Ouest (P.C.N.-O.) et des missionnaires, qui ont construit des églises et quelques installations scolaires et hospitalières. L’exploration de l’Arctique au XIXe siècle et au début du XXe a montré au gouvernement du Canada qu’un passage du nord-ouest dans l’Arctique n’était pas une route viable en termes économiques vers l’Asie. Grâce à ces explorations, une grande partie de l’Arctique a toutefois pu être cartographiée. Cependant, la subsistance des Inuit est devenue de plus en plus liée aux forces économiques européennes et aux produits de consommation étrangers, le tout de façon irrévocable, contribuant à la famine généralisée après l'effondrement des prix de la fourrure dans les années 1930. Pendant les années 1930 et 1940, le gouvernement du Canada a instauré des programmes d’aide pour alléger le dénuement de nombreux Inuit. Toutefois, jusqu'à 1950, la politique officielle du gouvernement fédéral défendait un mode de vie traditionnel et autosuffisant des Inuit, dans la mesure du possible8.
Au début du XXe siècle, de nombreuses personnes au sein du gouvernement du Canada s’interrogeaient sur le statut des Inuit, se demandant s’ils étaient citoyens canadiens ou pupilles de l’État, comme les Premières nations9. En 1924, la Loi sur les Indiens a été modifiée, attribuant la responsabilité des Inuit au ministère des Affaires indiennes, tout en s'assurant que les Inuit resteraient des citoyens canadiens10. Cette loi a été abrogée en 1930, attribuant alors la responsabilité des Inuit au Conseil des Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) à Ottawa. La Gendarmerie royale du Canada (GRC), du simple fait de sa présence, s'est vu confier le mandat d’administrer les secours (alimentation et munitions) dans le Nord11. En 1939, la Cour suprême a rendu son jugement sur le cas Re Eskimo décrétant que, d’un point de vue constitutionnel, les Inuit étaient considérés comme des Indiens au Canada. Cette distinction a rendu le gouvernement canadien juridiquement responsable des Inuit12. Toutefois, le gouvernement s’est efforcé de conserver la distinction entre les Inuit et les Premières nations dans la législation et dans sa gestion et la Loi sur les Indiens a été modifiée précisément pour exclure les Inuit en 1951. Le texte modifié précisait que « la mention d’un Indien, dans la présente loi, exclut une personne de la race d’aborigènes communément appelée Esquimaux »13. Même s’il n’y a pas aujourd’hui de législation ou de politique correspondante, les affaires inuites continuent à être administrées par le gouvernement fédéral14.
Durant les années 1940 et 1950, les Inuit conservaient leur mode vie traditionnel, tout en devenant de plus en plus acculturer à la culture des Canadiens du sud par les contacts fréquents des Canadiens du sud et des nombreux militaires américains affectés dans le Nord. During the Second World War, and then the Cold War, American military personnel stationed in the North were critical of the Canadian Government’s perceived neglect of Inuit, including their inadequate living conditions, health care and education15. D’après Hugh Keenleyside, ancien sous-ministre du ministère des Mines et des Ressources et commissaire du Conseil des Territoires du Nord-Ouest, l’intérêt général qu’on a alors porté à l’Arctique s’expliquait en partie par des considérations politiques et de défense qui ont marqué la période de la guerre froide. Il faut cependant également reconnaître l’importance de la nouvelle prise de conscience des possibilités économiques de cette région16. L’exploitation des ressources naturelles, en particulier l’extraction des minerais et du pétrole, a généré des recettes importantes pour les entreprises canadiennes et fut un catalyseur important du développement des collectivités sédentaires de l’Arctique. Au début des années 1950, le gouvernement canadien a incité les Inuit a s’établir définitivement dans leurs collectivités et a également mis en œuvre des programmes de bien-être social en matière de logement, d’éducation, de santé et de développement économique pour améliorer le niveau de vie des Inuit17.
En 1955, Jean Lesage, alors ministre du Nord canadien et des Ressources nationales, a annoncé une nouvelle politique pour l’administration des Inuit destinée à remédier à la « négligence quasi permanente » qui avait marqué jusque là l’administration18 des Inuit, et à leur accorder les mêmes droits, les mêmes privilèges, les mêmes possibilités et les mêmes responsabilités qu’aux autres Canadiens19. Les projets de construction de logement à grande échelle du gouvernement pendant les années 1960 ont encore favorisé davantage la sédentarisation des Inuit. Dans les collectivités, ils avaient de la difficulté à conserver leurs méthodes traditionnelles de subsistance à cause des longues distances à parcourir pour trouver les ressources animales et de la nécessité de conserver un revenu familial stable en occupant des emplois rémunérés20. Les programmes du gouvernement fédéral destinés aux Inuit ont amélioré plusieurs dimensions de leur mode de vie : le développement du logement et la diversification de l’économie du Nord ont assuré l’emploi à long terme et créé des collectivités sédentaires, qui ont été plus faciles à administrer et qui ont facilité la fréquentation scolaire des enfants. Les politiques en matière de logement ont permis d’améliorer les conditions sanitaires des maisons et de réduire l’incidence des maladies et de la mortalité infantile. L’instauration de collectivités durables a été l’une des préoccupations du gouvernement, qui a incité les Inuit à obtenir des emplois rémunérés dans les industries, comme celles des mines, et à travailler pour les fonctions publiques fédérales ou territoriales21.
Lorsque le gouvernement canadien a élaboré de nombreux programmes et services, comme ceux en matière d’éducation, de logement et de choix des sites du Réseau d’alerte avancé, le gouvernement n’a pas consulté les Inuit avant de mettre en œuvre ces programmes, ce qui leur a déplu. C’est ainsi que les disques d’inscription des Esquimaux ont été lancés en 1941 pour aider les responsables gouvernementaux, la CBH, la GRC et les membres du milieu médical à suivre les Inuit. Ils avaient besoin d’enregistrer des renseignements concernant le recensement, les comptes commerciaux, les dossiers médicaux et de police avec précision en l’absence d’orthographe normalisée des noms et des noms de famille. Les Inuit n’ont pas aimé ce système d’identification qui a été abandonné en 1968 et remplacé par l’adoption des noms de famille par tous les Inuit.
A 1962, statement by the Canadian Government expressed concern about Inuit circumstances,which resulted from rapid lifestyle changes and the influx of southern Canadian culturalinfluences in the North:
Une population esquimaude connaissant un taux de croissance de 3,8 % par an est en transition entre l'époque des igloos, de la lampe à l’huile de phoque et du poêle Primus pour la chaleur et l’éclairage, des vêtements de peau et une diète pratiquement entièrement composée de viande et le nouveau monde de tentes plantées sur la neige, fixes (le plus souvent sans installation sanitaire), de vêtements en coton, en nylon et en laine, d’aliments à forte teneur glucidique achetés au magasin local et des règles de l’homme blanc sur la ponctualité au travail22.
Nombre d’adultes inuits, qui ne parlaient pratiquement pas l’anglais et n’avaient suivi aucune scolarité ni formation officielle23, ont eu du mal à trouver de l’emploi dans les collectivités, en particulier des emplois stables durant toute l’année.
En 1967, Yellowknife est devenue la capitale des Territoires du Nord-Ouest et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO) a déménagé son personnel et ses centres administratifs d’Ottawa vers sa nouvelle capitale, prenant ses distances en termes géographiques et théoriques de l’administration fédérale des affaires inuites au ministère des Affaires indiennes et du Développement du Nord. La création d’un gouvernement territorial indépendant a entraîné l’agrandissement de la fonction publique territoriale, et créé de nombreux emplois. La présence concrète d’un plus grand nombre d’administrateurs gouvernementaux dans l’Arctique, parfois des Inuit, a eu pour effet de développer les programmes de bien-être social et de développement communautaire, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la santé24.
Avec l’apparition de collectivités durables pendant les années 1960, les gouvernements fédéral et territoriaux ont toutefois cherché à mettre en place des structures de gouvernance des collectivités comparables à celles présentes dans le sud du pays25. Les Inuit ont été incités à participer aux gouvernements locaux et à des organismes administratifs, comme les conseillers régionaux du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, des conseils de ville et de hameau et des organismes responsables du logement26. Le gouvernement fédéral a également aidé à développer des coopératives afin d’aider les Inuit à acquérir des compétences en gestion économique. Ils ont acquis le droit de vote au cours de l’élection fédérale de 1950 et le premier Inuk a été élu au Conseil des Territoires du Nord-Ouest en 196627. Pendant les années 1960 et 1970, les Inuit se sont de plus en plus intéressés au développement parrainé par le gouvernement des ressources pétrolières, gazières et minérales du Nord. Ils étaient perçus comme les gardiens du Nord depuis des temps immémoriaux et voulaient assurer la durabilité de leur environnement naturel et l’accès aux ressources qui avaient contribué pendant longtemps à assurer leur survie28.
Les rapports et les politiques du gouvernement fédéral, comme le rapport Hawthorn de 1967 et le Livre blanc de 1969, ainsi que les œuvres littéraires de Farley Mowat, dont The Desperate People (Boston : Little, Brown, 1960) et Canada North (Toronto : McClelland and Stewart, 1967), ont attiré l’attention sur les préoccupations sociales, économiques et juridiques des peuples autochtones dans le Nord canadien29. Une édition de 1972 du magazine Inutitut, publié par Affaires indiennes et du Nord Canada, présentait les sept objectifs du gouvernement fédéral pour ses programmes de développement des ressources jusqu'aux années 198030. The objectives are listed in the below, next to the goals and objectives stated in the Government of Canada’s 2004 “Framework for a Northern Strategy31.



1972 Objectives for Resource Development

2004 Framework for a Northern Strategy

• P roviding a standard of living, quality of life and

equality of opportunity commensurate with the

aspirations of Northern people

• Maintaining and enhancing the Northern

environment while encouraging economic

and social development

• E ncouraging economic development that realized

the potential of the North’s contribution to the

Canadian economy

• M aintaining Canadian sovereignty in the North

• E ncouraging the development of leisure and

recreation opportunities in the North and

promoting the cultural contributions of the

North throughout Canada

• E ncouraging the further devolution of Northern

governments

• “To ensure healthy, safe and sustainable northern

communities that serve and support the needs

of northern residents and promote self-reliance”

• “To engage all partners in the North in the

protection and stewardship of the environment”

• “Build strong, sustainable, diversified economies

where northerners share in the benefits of

northern development”

• “To ensure that Canada plays a leading role and

promotes concerted international action on

circumpolar issues, and that northern concerns

are taken into consideration in national efforts

to reinforce sovereignty, security and circumpolar

cooperation”

• “To ensure that the importance of language,

traditional knowledge and way-of-life is

recognized and encouraged”

• “To strengthen governments and institutions,

and support evolving relationships among them,

in order to provide northerners with effective

governance and greater control over decisions

central to their future”

• “To ensure that Canada is a leader in northern

science and technology, and to develop expertise

in areas of particular importance and relevance

to the North”



La réponse autochtone au Livre blanc, qui a été retiré la même année qu’il avait été publié, incitait le gouvernement fédéral à financer des organismes défendant les intérêts des peuples autochtones et à se doter de politiques pour négocier des revendications territoriales globales et précises32. En 1971, les Inuit ont mis sur pied l'organisation nationale Inuit Tapirisat du Canada(ITC), [maintenant Inuit Tapiriit Kanatami (ITK)] pour défendre auprès du gouvernement du Canada l’adoption de mécanismes permettant d’accroître leur autonomie, et en englobant les principes de l’autonomie gouvernementale et la revendication territoriale couvrant des parties des Territoires du Nord-Ouest et du Nord du Québec33. Un organisme contemporain de Inuit Tapiriit Kanatami, le Comité d’étude des droits des autochtones (CEDA), a été créé en 1970 dans l’ouest de l’Arctique pour étudier les droits fonciers des peuples autochtones34. Au lieu d’être choisis pour leur supériorité, dans les modes traditionnels de vie des Inuit, les créateurs d'ITK et du CEDA étaient pour l’essentiel des jeunes, ayant suivi des scolarités secondaires et professionnelles à Churchill, Yellowknife et Ottawa. D’après ITK, ces écoles « ont fourni l’occasion aux jeunes hommes et aux jeunes femmes inuits de différentes régions de commencer à discuter des types de problèmes auxquels tous les Inuit étaient confrontés. Ces réunions et ces discussions ont débouché sur un engagement de tous à mettre en œuvre des politiques de changement »35.
À la suite du développement du CEDA et d’ITK, des associations régionales ont été mises sur pied pour assurer une représentation locale des Inuit. Ces organisations comprenaient la Société des Inuit du Nord québécois (SINQ), qui a été créée en 1971; la Labrador Inuit Association (LIA), créée en 1973; et trois organisations dans l’est de l’Arctique créées au milieu des années 1970 qui s’appelaient : Kitikmeot Inuit Association, Keewatin (maintenant Kivalliq) Inuit Association et la Baffin Regional Inuit Association (maintenant Qikiqtani Inuit Association). Les membres de ces trois dernières associations ont créé la Tungavik Federation of Nunavut (TFN) en 1982 pour négocier l’Entente sur les revendications territoriales du Nunavut36. Les organisations politiques inuites du Nord ont partagé les mêmes grands objectifs, y compris le respect du milieu naturel et la préservation de la durabilité, l’assurance que les Inuit bénéficieraient des retombées des infrastructures découlant du développement économique de leurs collectivités, comme les routes et les améliorations au logement, et exerçaient un contrôle local sur les projets de développement des ressources, y compris la création d'emplois locaux. L'ensemble des revendications territoriales négociées par chacune des quatre organisations inuites a toutefois fait apparaître certaines priorités régionales. Un exemple de ceci serait entre autres les différentes structures des gouvernements régionaux ou territoriaux inuits qui ont été mis en place37.
Depuis 1970, les Inuit ont négocié quatre ententes complètes de revendications territoriales avec le gouvernement fédéral. Ces ententes sont : la Convention de la Baie James et du Nord québécois et les Conventions complémentaires (CBJNQ), qui a été conclue dans le Nord du Québec en 1975, l’Entente finale Inuvialuit à laquelle les parties sont parvenues, en 1984, dans l’ouest de l’Arctique et l’Entente sur les revendications territoriales du Nunavut, qui a fait l'objet d'un règlement en 1993 dans l’est de l’Arctique. Il faut y ajouter l’Entente sur les revendications territoriales des Inuit du Labrador, réglée en 2003 dans le nord du Labrador38. Avec le règlement de ces revendications territoriales, les organisations inuites créées pendant les années 1970 et 1980 ont recentré leurs objectifs et sont maintenant devenues des forums à l’intention des Inuit pour les sensibiliser davantage aux questions comme la santé, le logement, l’éducation, l'environnement et le développement économique. Les efforts pour veiller au respect des conditions des ententes sur les revendications territoriales, au transfert des pouvoirs aux gouvernements inuits et régionaux et pour veiller au maintien de la bonne gestion des terres et des ressources continuent à être des choses importantes pour les Inuit39.
L’article 35 de la Constitution de 1982 reconnaît le droit inhérent des peuples autochtones à l’autonomie gouvernementale, qui a été réaffirmé dans la Politique sur les droits inhérents de 199540. Les structures de gouvernements autonomes mises en place dans chacune des quatre régions de revendication territoriales inuites sont différentes, et on retrouve parmi elles aussi bien des gouvernements inuits que publics. L'implication accrue des Inuit au sein des organismes politiques depuis les années 1970 a abouti à des niveaux importants de participation inuite aux structures publiques de gouvernance, comme le gouvernement du Nunavut41. Les gouvernements mis en place dans le cadre de la CBJNQ et de l’Entente finale Inuvialuit sont des gouvernements inuits régionaux dotés d’une portée et de pouvoirs limités. Comme ces revendications ont été négociées avant 1995, et que le gouvernement fédéral ne va pas négocier à nouveau les revendications territoriales actuelles pour traiter des droits inhérents à l’autonomie gouvernementale, les Inuit du Nunavik et la région de l’Inuvialuit ont entamé un processus pour négocier des structures de gouvernement plus complètes avec le gouvernement du Canada. Au Labrador, le gouvernement Nunatsiavut sera composé de huit représentants inuits élus. Les administrations municipales au sein des régions ayant fait l’objet de règlement seront des gouvernements publics42. Dans chacune des grandes régions essentiellement inuites du Canada, ceux-ci ont cherché à se doter d’organismes du gouvernement qui tiennent compte de leur situation de contribuables dans le système fédéral et qui facilitent la représentation des non Inuit au sein de leurs systèmes de gouvernance43.
Les Inuit sont préoccupés par l’engagement du gouvernement fédéral à mettre en œuvre les conditions de leurs ententes globales sur les revendications territoriales et par les effets néfastes sur leur milieu social et l’économie de leurs collectivités si les modalités de ces ententes ne sont pas mises en œuvre de façon intégrale44. Étant une culture unique confrontée à des défis précis liés à la géographie de leur terre traditionnelle, les Inuit veulent des politiques adaptées précisément à leurs conditions. Les séances récentes sur les politiques sectorielles de la table ronde autochtone convoquée par le Bureau du Conseil privé qui ont analysé le logement des Autochtones, leur santé, les négociations des revendications territoriales, la responsabilisation, le développement économique et l’apprentissage tout au long de la vie ont fourni aux Inuit l’occasion de faire connaître leurs préoccupations au gouvernement fédéral. Les Inuit sont encore préoccupés par le fait que les questions environnementales, et en particulier les changements climatiques, qui sont une question d’importance mondiale, n’étaient pas abordées dans ces sessions45.
Le Cadre stratégique pour le Nord du Premier ministre annoncé en décembre 2004 assure un financement pour répondre à certaines des préoccupations des Inuit. ITK a manifesté sa satisfaction que ce cadre reconnaisse le rôle essentiel que les Inuit et le Nord jouent dans l’identité canadienne, et de la promesse figurant dans ce cadre d’aider les habitants du Nord à faire face aux questions d’environnement, y compris au changement climatique, aux contaminants de l’environnement et au développement durable. La Stratégie du Nord comprend également des initiatives de développement économique, de transfert de pouvoir et d’expression de la souveraineté dans le Nord. Les organismes inuits craignent toutefois que le Nunatsiavut et le Nunavik, et donc un tiers de la population inuite du Canada, ne soient pas couverts par la Stratégie du Nord46.
Les gouvernements inuits sont des mécanismes importants pour assurer la survie de la langue et de la culture traditionnelles. L’utilisation de la technologie chez les Inuit, comme Internet, a modifié ou « occidentalisé » des aspects de la culture inuite contemporaine. La technologie, et en particulier les moyens modernes de communication, ont permis de diffuser largement la culture traditionnelle, en particulier chez les jeunes. L’intégration des langues traditionnelles à la technologie moderne est importante pour la survie de ces langues et contribue à garantir qu’elles continueront à être utilisées, grâce en partie à l'accent accordé à l'inuktitut comme langue première de communication au gouvernement du Nunavut47.
Selon le recensement du Canada de 2001, on compte actuellement approximativement 45 070 Inuit au Canada, avec environ 85 % de la population vivant dans les collectivités du Nord48. Environ un Autochtone canadien sur 20 est Inuit et il s’agit d’une population remarquablement jeune49. C’est ainsi qu’au Nunavik, la moitié de la population a moins de 25 ans et 75 % de sa population a moins de 35 ans50. Le taux de croissance de la population inuite a des répercussions sur la disponibilité de logement et de soins de santé, et sur le nombre d’emplois nécessaires dans les collectivités du Nord. Les efforts pour assurer aux Inuit des possibilités de formation dans le Nord se sont traduits par des taux de réussite scolaire améliorés aux niveaux secondaire et postsecondaire, ce qui fait que les Inuit sont de plus en plus compétents pour occuper des emplois professionnels dans des domaines comme l’enseignement, les soins infirmiers et le droit, dans lesquels leurs compétences professionnelles et leur connaissance de l’inuktitut (langue des Inuit) et de l’Inuit Qaujimajatuqangit (langue traditionnelle inuite) sont vraiment nécessaires51. Les Inuit impliqués dans la politique et la gouvernance du Nord ont insisté sur la nécessité de se doter de gouvernements fonctionnant dans l'intérêt des gens qu'ils desservent. Il est important pour les Inuit d'incorporer dans tout cela leurs traditions, comme les méthodes d'enseignement52.
A report released recently by Thomas Berger, Conciliator of the Nunavut Land Claims Agreement Implementation Contract Negotiations, notes that ensuring Northern governments, such as the territorial government in Nunavut, operate in ways relevant to their constituents is difficult when many executive and management positions remain unfilled after all available and qualified Inuit have been employed. To improve the number of Inuit qualified for senior positions in the Government of Nunavut and elsewhere throughout the territory, Berger advocates increased funding to all levels of Nunavut’s education system and specific measures to increase the number of graduates from elementary school, high school, and post-secondary studies53.
L’abandon des iglous et de tentes en peau au profit de logements permanents et à l'accès aux soins de santé ont réduit les taux de maladies infectieuses, comme la tuberculose, dans le Nord. De la même façon, les initiatives économiques, comme les projets de développement de ressources non renouvelables et l’accès à l’éducation ont amélioré le taux de maîtrise de l’anglais et d’emploi chez les Inuit dans les métiers spécialisés. Malgré les gains enregistrés dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l'emploi, les Inuit continuent à être confrontés à des défis qui ralentissent la hausse de leur niveau de vie. Ces défis comprennent des logements surpeuplés et la pénurie de logements, la faible croissance économique et la pénurie de prestataires de soins de santé dans les petites collectivités. Si le développement des collectivités, la mise en œuvre des services sociaux et la construction de logements étaient au départ dirigés par le gouvernement fédéral, et ceux des provinces ou des territoires, la mise en place d'organismes politiques inuits et l'application de quatre ententes globales sur les revendications territoriales des Inuit ont accru leur autonomie dans la gouvernance des régions de revendication territoriales. Les Inuit sont également devenus des défenseurs efficaces des questions qui les touchent aux niveaux local, national et international54.
Outre la mise en place de structures de gouvernance axées sur les Inuit qui rendront leur gouvernement adaptable à leur culture et qui accroîtront leur autonomie au sein du système fédéral, les Inuit visent à obtenir des politiques fédérales tenant compte de leur caractère distinct de peuples autochtones et des défis géographiques uniques auxquels ils sont confrontés Les questions prioritaires à l’amélioration de leurs niveaux de vie dans de nombreuses collectivités du Nord sont le logement, une croissance économique soutenue, en particulier du secteur privé, et un accès amélioré aux soins de santé. Disparities between the life expectancy, education, income, housing, and labour force participation of Inuit compared to other Canadians were recently evaluated by INAC in their Community Well-Being and Human Development Index studies. These studies demonstrate that the Human Development Index rate for Inuit has continued to increase since 1991 but Inuit communities, like First Nation communities, tend to experience lower levels of well being than Canadian communities that are inhabited primarily by non-Aboriginal people. The well being of Inuit communities is particularly impacted by their isolation and climate, which increases the cost of living while lowering opportunities for employment 55. Les Inuit, grâce à des organismes comme ITK et la Conférence circumpolaire inuite, cherchent à former des partenariats avec le gouvernement du Canada pour s’attaquer à des questions d’importance nationale et internationale, comme la souveraineté dans le Nord et les changements climatiques. Ces deux aspects de la politique des organisations inuites, pour préserver le patrimoine culturel et mettre en place un réseau de relations avec d’autres Canadiens, sont formulés par Jose Kusugak, président d’ITK, quand il a récemment déclaré que les Inuit sont « plus que les premiers Canadiens, mais également les plus importants »56.

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