La Pie-grièche écorcheur Lanius collurio dans le Nord-Ouest de la France




старонка1/4
Дата канвертавання22.04.2016
Памер248.73 Kb.
  1   2   3   4




La Pie-grièche écorcheur Lanius collurio dans le Nord-Ouest de la France


Emmanuel CHABOT

20, rue Bourgault-Ducoudray. F-35000 RENNES.

A l’extrémité nord-ouest de l’Europe continentale, près des rivages de la Manche tempérés par le Gulf-Stream, la passion des Pies-grièches n’est pas des plus simples à assouvir. Décennie après décennie, l’écorcheur a déserté la plupart de ses habitats, qu’ils fussent bouleversés ou préservés. Les petites parcelles de marais, de landes ou de prés où l’on peut avoir le plaisir de l’observer sont devenues rares. Toutefois, si sa régression globale a pu paraître inéluctable, on constate aujourd’hui des réapparitions locales, ainsi qu’une expansion encourageante de colonies isolées. Nous présentons ici le statut de l’espèce secteur par secteur et tentons l’interprétation délicate de ses évolutions.



1 - MéTHODES
1.1 - Choix du secteur d’étude
L’ensemble retenu comprend les 12 départements du Nord-Ouest de la France (désignés par leur numéro) : Calvados (14), Côtes-d’Armor (22), Eure (27), Finistère (29), Ille-&-Vilaine (35), Loire-Atlantique (44), Manche (50), Mayenne (53), Morbihan (56), Orne (61), Sarthe (72) et Seine-Maritime (76). Bien qu’hétérogène, ce secteur constitue une entité d’un point de vue géographique, humain et avifaunistique. Pour la PGE, il se situe en marge NNO de l’aire de répartition continue ; on y observe sa raréfaction ou son absence, et entre les deux ses fluctuations. La taille et la variété des régions étudiées limite le risque d’interprétations générales biaisées par des situations locales particulières.

1.2 - Sources


Le statut ancien de la PGE, du 19e siècle aux années 1960, est assez mal documenté ; l’oiseau était à l’époque beaucoup mieux distribué que les ornithologues. Les mentions sont généralement peu précises, non statistiques et ponctuelles.
A partir des années 1970, l’ornithologie se développe, mais l’espèce se dérobe... Les atlas nationaux (YEATMAN 1976, LEFRANC 1994), régionaux (GUERMEUR 1980, CHARTIER 1989), départementaux (MNE 1991, TILLY 1991, GURLIAT 1992, LE LANNIC 1993) et sectoriels (RADIGUE 1986) donnent des informations synthétiques. En remontant aux sources, nous les avons complétées, élargies et prolongées :
- fichiers informatisés du Groupe Ornithologique Normand (GONm) et de Mayenne-Nature-Environnement (MNE) ;

- comptes-rendus publiés par la Centrale Ornithologique Bretonne (AR VRAN), le Groupe Ornithologique-SEPNB d’Ille-&-Vilaine, et la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) de Loire-Atlantique (La Spatule) ;

- renseignements fournis par le Groupe Sarthois Ornithologique (GSO), le Groupe d’Etudes Ornithologiques des Côtes-d’Armor (GEOCA), les groupes ornithologiques du Morbihan et du Finistère (GOB), des Avaloirs (GOA), et la LPO-44 ;

- notes personnelles amicalement transmises par une quarantaine d’observateurs.

1.3 - Enquêtes et Prospections
Deux enquêtes nationales «Pies-grièches» ont eu lieu en 1988-1990 (LEFRANC 1993) et 1993-1994 (LEFRANC 1996 et in prep. ; STALLEGGER 1994 pour la Normandie). La dernière a été prolongée pour l’écorcheur dans la Manche en 1995 (CHABOT 1996) et 1996 (suivi avec quadrat au nord de Granville).
En 1996, d’anciennes stations ont été de nouveau prospectées : le Bessin (14), les confins de l’Ille-&-Vilaine et de la Loire-Atlantique. Une recherche accrue des observateurs locaux aux abords des secteurs les plus riches a permis la découverte d’importants noyaux de population inédits, dans le Pays d’Auge (14) et au nord de la Loire (44). Lors du stage de Pentecôte du GONm dans l’Orne, 4 nouvelles stations ont été repérées grâce à une prospection active.

1.4 - Termes employés


Le recours fréquent à certains vocables nécessite d’en fixer l’acception :

- couple : mâle et femelle observés ensemble ; unité de dénombrement des effectifs reproducteurs ;

- site : point de nidification au moins probable d’un couple (mâle fixé, couple, nid, famille) ; unité d’estimation précise ;

- station : secteur restreint où une espèce est présente, en nombre non précisé ou variable ; pour la PGE, peut désigner un ou plusieurs sites fixes ou mobiles ; terme qualitatif et non quantitatif ;

- colonie : ensemble de plusieurs sites très proches, sur un secteur bien délimité ; unité de localisation ;

- noyau : ensemble de stations proches, sur un secteur plus ou moins large ; unité de peuplement ;

- secteur : zone géographique plus ou moins étendue.
2 - Présentation du secteur géographique étudié
2.1 - LIMITES
Les 12 départements considérés forment les régions de Normandie (5 départements), Bretagne (5) et Maine (2) - divisées en régions administratives de Basse et Haute-Normandie (3+2), Bretagne (4) et partiellement Pays-de-Loire (3/5). L’ensemble s’étend sur un peu plus de 75.000 km² (soit 1/7 du territoire français), à l’ouest de la région parisienne et au nord de la Loire, à moins de 100 km des côtes de la Manche et de l’Océan Atlantique (Sarthe exceptée). Sa population est d’environ 7,8 millions d’habitants (1990), soit une densité de 103 habitants par km², exactement dans la moyenne française. Elle est surtout concentrée autour des grandes agglomérations (Nantes, Rouen, Le Havre, Rennes, Brest, Le Mans, Caen), de villes moyennes industrialisées (agro-alimentaire) et en zone côtière. Dans les zones éloignées de ces pôles ou enclavées, l’évolution démographique est assez généralement négative. La population rurale, après un pic de densité vers 1850-60, a connu une érosion jusqu’à la 2e guerre mondiale et une reprise variable ensuite. Au début du 19e siècle, la Seine-Maritime et la Manche étaient les 2e et 4e départements plus peuplés de France.

2.2 - GEOGRAPHIE physique (figure 1)
Le Nord-Ouest est à cheval sur 2 formations géologiques très contrastées : à l’ouest, le Massif Armoricain, d’âges précambrien et paléozoïque, constitué de roches sédimentaires (schistes, grès) et cristallines (gneiss, granites) ; à l’est, le Bassin Parisien, d’âge mésozoïque, essentiellement calcaire (zone de contact triasso-jurassique) et crayeux (Crétacé, à l’est des rivières Dives et Sarthe). Cette dichotomie se décalque sur l’hydrographie, le paysage agricole et les écosystèmes (COLETTE, DEBOUT & LANG 1989) :

- à l’est d’une ligne Bayeux-Alençon-Le-Mans prédomine la «plaine», vouée aux grandes cultures, au réseau hydrographique très peu développé en surface, au modelé assez plat mais aux vallées encaissées ;

- à l’ouest de cette ligne, mais aussi sur les cuestas de l’est de la Basse-Normandie et le synclinal du Pays de Bray, s’étend le «bocage», voué à la polyculture-élevage, au réseau hydrographique dense et au relief collinéen.
Entre pénéplaine armoricaine et plateaux hauts-normands, le relief est généralement peu accentué. L’altitude dépasse 200 m en Centre-Bretagne (387 m aux Monts d’Arrée), dans les collines de Normandie (417 m au Mont des Avaloirs) et du Perche, ainsi qu’au Pays de Bray (241 m). A l’inverse, le relief est très déprimé en plaine de Caen, Centre-Cotentin, Sud-Maine et dans le quart sud-est de la Bretagne, avec de larges zones alluviales.

2.3 - espaces naturels


Ces dépressions sont le siège de grandes formations marécageuses : marais de la Dives (14), du Cotentin (50), de Redon (35/44/56), de Basse-Loire (44). D’autres marais s’étendent en zone littorale : Basse-Seine (27/76), havres de l’Ouest-Cotentin (50), fond de la baie du Mont-St-Michel (35/50), Sud-Morbihan, Traict du Croisic et Marais Breton (44).
Les terres hautes sont souvent couvertes de landes et de tourbières : Monts d’Arrée, forêt de Brocéliande (35/56), région des Avaloirs. Des landes broussailleuses existent aussi sur certaines côtes, barres rocheuses ou terres acides armoricaines, et sur des coteaux secs sur calcaire ou argile à silex. La sylve est irrégulièrement développée : vastes futaies en Haute-Normandie et Orne, plantations de résineux récentes en Centre-Bretagne, pinèdes anciennes en Sud-Morbihan, belles forêts éparses en Haute-Bretagne (35/44) et Maine.
La Manche est, avec le Calvados, le département le moins forestier de France, mais aussi celui où le linéaire de haies est le plus important. Le bocage se comporte comme une forêt aux clairières largement prépondérantes, avec effet de lisière intense (CONSTANT, EYBERT & MAHEO 1976 ; COLLETTE 1994). Ce milieu riche, bien que d’origine humaine, a été systématiquement dégradé depuis 40 ans, surtout en Centre-Bretagne et Mayenne, de même que les vergers qui couvraient encore récemment la quasi-totalité de l’Ille-&-Vilaine.
Les autres richesses naturelles régionales sont surtout liées aux 1.800 km de côte (4.200 avec les îles et rias), attractifs pour les oiseaux marins, les migrateurs, mais aussi pour les conditions régnant en zone littorale : caps, baies, archipels... Cinq parcs naturels régionaux (PNR) couvrent 4 % du territoire : Armorique (29, 650 km²), Brière (44, 400 km²), Brotonne (27/76, 490 km²), Marais du Cotentin et du Bessin (14/50, 1.200 km²) et Normandie-Maine (50/53/61/72, 900 km²).

2.4 - Climatologie


Le climat est réglé par l’interaction de 2 gradients :

- l’océanique (nord et ouest) : faibles amplitudes, printemps et été frais, automne doux, hiver humide, vents forts ;

- le continental/sub-méridional (sud-est) : été chaud, nuits et hiver froids, automne humide, pluies plus violentes.
Durant les mois de reproduction des Pies-grièches, de mai à juillet (figure 2), ces influences croisées se manifestent par :

- des températures maximales plus élevées suivant un gradient NO-SE (de 17 à 22°c moyens ; Météo. Nat.) ;

- des minimales (8 à 12°c) plus faibles en Normandie intérieure et sur les hauteurs de Bretagne et du Perche.
A cette saison, les précipitations sont minimales sur une étroite frange littorale, dans le Centre-Sud de la Bretagne et en zone ligérienne (val de Loire), et maximales sur le flanc ouest des reliefs (tableau 1). Elles varient en fait relativement peu, en volume comme en fréquence, sur la plupart du territoire (45-60 mm et 10-13 jours par mois en moyenne).

Tableau 1 - Pluviométrie cumulée moyenne de Mai à Juillet (1951-80) sur différents secteurs du Nord-Ouest.




< 130 mm

130-140 mm

140-150 mm

150-160 mm

160-170 mm

170-180 mm

180-190 mm

> 190 mm

Hague-côte




Bocage 44

Marais de la Dives

Hague-sommet

NE-Calvados




Granville




Marais de Dol

Vallée de la Seulles

Vallée de l’Orne







Brocéliande

SE-Mayenne

Marais du

Est-Orne







S-Ille-&-Vilaine/N-Loire-Atl.

Cotentin

Nord-Est-Mayenne







Rhuys

Sud-Sarthe

Monts d’Arrée




Marais de Basse-Loire
















2.5 - Agriculture


Autant en plaine qu’en bocage règne l’agriculture intensive : biocides, engrais, amendements, rectification des cours d’eau et des limites de parcelles, suppression des arbustes et buissons, voire des haies boisées et chemins. Les pratiques extensives sont délaissées plus qu’elles ne reviennent. En revanche, un important phénomène de déprise sévit depuis une quinzaine d’années : abandon des terres les plus pauvres en zone de grandes cultures, désertification rurale en bocage.
La plaine est consacrée aux céréales (la région caennaise affiche des records de productivité) et aux cultures industrielles (betterave, lin, pois, colza) ; la pâture y a quasiment disparu, même sur les coteaux secs de la Seine et du pays de Caux. Le bocage armoricain est le centre français de l’élevage laitier et du hors-sol (porcs, volailles) : la prairie et le maïs y sont prépondérants - «roi-maïs» qui s’étend toujours plus, aux dépens notamment des prairies permanentes (zones humides).
Les marais exploités sont relativement bien conservés. Prairies de fauche et pâtures bordées de roselières sont encore nombreuses. Mais les menaces existent : aménagement cynégétique (gabions) ou piscicole ; assèchement pour mise en culture ; mauvaise gestion hydraulique ; populiculture ; déprise agricole, envahissement végétal et atterrissement.



3 - RéPARTITION ET STATUT DE LA PIE-GRIèCHE éCORCHEUR par département
3.1 - ensemble
Partout où des travaux anciens existent, la PGE paraît avoir été par le passé aussi commune que dans les autres régions de France. Son déclin est perçu à différentes périodes selon les lieux. Une vague de désertion générale se distingue toutefois nettement vers 1963-64. FOURNIER (1964) parle de «remarquable diminution» au printemps 1964 partout en France, peut-être liée aux mauvaises conditions de reproduction de 1963. BRUN (in DEBOUT 1985) date de cette période les disparitions constatées après recherche active dans l’Orne, le Pays d’Auge et en baies d’Orne et de Seine, secteurs où la PGE nichait en nombre les années précédentes. Même constat en Cotentin (Hague, marais de Carentan) et en Sud-Bretagne : forte régression en Loire-Atlantique ; abandon dès 1964 de la quasi-totalité des sites connus en Morbihan (GUERMEUR op. cit.).
Dans le Nord-Ouest, la PGE ne s’est semble-t-il jamais remise de cette chute brutale. J’ai ratissé personnellement pour d’autres raisons environ 10.000 ha de bocage entre 1989 et 1992 surtout en Bretagne, Manche et Mayenne, sans jamais l’y rencontrer fortuitement. Toutefois, très récemment, dans la dynamique de l’enquête 1993-94, de nombreuses stations ont été découvertes - essentiellement sur des secteurs peu suivis précédemment, ce qui impose une certaine prudence dans les interprétations en termes d’évolution.

3.2 - normandie


Il y a 100 ans, la PGE était une espèce commune en Normandie (GADEAU de KERVILLE 1890), de mi-avril à début septembre. En Haute-Normandie, LE BRETON (1880) la donne «rare» sur une commune du val de Seine - ce qui laisse penser que chacune des 1420 communes d’Eure et «Seine-Inférieure» abritait autrefois au moins quelques couples... Au début du 20e siècle, elle s’y reproduit encore «à peu près partout, mais en nombre très variable» (OLIVIER 1938).
Cinquante ans plus tard, CHARTIER (op. cit.) dresse un bilan pessimiste : ce nicheur est devenu «fort rare» et son avenir inquiète, malgré l’impression donnée par «la grande dispersion des sites occupés». Il souligne que «bien des sites favorables demeurent inoccupés». Il évalue la population normande à 30-50 couples, dont les 2/3 dans le Calvados.

3.2.1 - Seine-Maritime
La PGE est «très commune» au 19e siècle (LEMETTEIL 1868). Elle recherche «les coteaux boisés et taillis» (PENNETIER 1898) ou «se rencontre plus fréquemment dans les endroits où pâturent des vaches» (LE BRETON op. cit.). Dans l’après-guerre, la population s’effondre. Entre 1960 et 1980, la PGE n’est notée que sur la côte cauchoise, en juin 1965 (Y. TREMAUVILLE com. pers.) et en 1970-75 (YEATMAN op. cit.).
De 1981 à 1996, elle apparaît 6 fois au passage dans les marais du Hode (baie de Seine/76), généralement un mâle seul, fin mai (4 fois du 19 au 29). En vallée de Seine, un chanteur célibataire reste cantonné du 25/05 au 15/08/1987 dans les prairies alluviales à l’aval de Rouen. Deux autres mâles sont vus fin mai 1995 et 1996 dans ces milieux. La prospection parfois poussée (1994) des coteaux favorables, mais plus guère pâturés, à pelouse sèche est toujours restée vaine.

3.2.2 - Eure
Dans le Marais Vernier, en basse vallée de Seine, BRUN (op. cit.) la trouvait abondante vers 1946, et constate sa totale disparition avant 1967. Ce vaste ensemble naturel, très favorable, assez bien prospecté mais étendu, recueille encore 5 données de 1973 à 1987, dont des nourrissages en 1977, une femelle précoce en 1980 (le 3 mai) et 2 familles en 1982.
De 1980 à 1996, des isolés sont notés 4 fois en divers lieux du département. Plus intéressant, un couple est suivi en juin-juillet 1994 aux Baux-de-Breteuil (sud-ouest), sur des buissons épineux longeant un fossé de drainage, au milieu de céréales, dans une enclave entre les vastes forêts de Breteuil et Conches. En 1995, buissons et PGE ont disparu.
Dans le nord-est, des nicheurs sont installés depuis 1994 sur une boucle de la Seine, devant Les Andelys, à 80 km de la mer et 20 km de l’Ile-de-France. A Tosny, où un chanteur était signalé en 1973, un couple est observé 2 fois fin juin, en 1994 et 1996. A Bernières-sur-Seine, après un mâle en 1994, un couple élève des jeunes en 1995 et 1996.
L’Eure abrite donc aujourd’hui au moins 2 couples nicheurs. Le Marais Vernier et les coteaux proches du Roumois et du Lieuvin restent à prospecter en profondeur, de même que les enclaves isolées du Pays d’Ouche, vers l’Orne.

3.2.3 - Orne
En 1957, BRUN (op. cit.) juge la PGE «fréquente» dans l’Orne ; 7 ans plus tard, il ne la retrouve pas dans ses localités habituelles du sud-est du Pays d’Auge. Une population mobile et éparpillée subsiste toutefois, puisque 30 communes sont citées entre 1958 et 1996, dont 12 dans le Perche (est et sud-est), 6 en plaine d’Argentan à Alençon (centre) et 5 autour du massif d’Ecouves (sud). Le facteur «observateur» est déterminant dans la distribution et le suivi de ces stations.
Dans le Perche ornais, la région de Pervenchères, au sud-ouest, reçoit 1 à 6 couples depuis la fin des années 1970, sur de grandes prairies de fauche assez humides et bien pourvues en épineux (F. RADIGUE com. pers.). A l’est, un noyau de 6 communes, sur environ 200 km² autour de Longny-au-Perche, a été occupé par au moins 5-6 couples jusqu’en 1973, 2-3 jusqu’en 1993 et 1-2 aujourd’hui. Ailleurs, les données sont anciennes et ponctuelles, mais, alors que 1993-94 ont été ici de mauvaises années, 3 couples sont découverts en 1996 près de Gacé, dans le nord (G. MOREAU com. pers.).
Au nord-est du PNR Normandie-Maine, les abords de la forêt d’Ecouves et le sud de la plaine ont accueilli quelques individus et nicheurs isolés à la fin des années 1970. Au coeur de la plaine, au sud d’Argentan, 5-6 sites (dont un nid) ont été découverts fin mai 1996 sur 4 communes proches, à l’occasion d’un stage du GONm, dans un secteur partiellement prospecté auparavant (1 mâle en 1978 et 1980 à Fleuré). L’ouest ne fournit que 4 données de passage entre 1978 et 1991.
Dans le sud du Pays d’Auge, au nord, une petite population a été suivie irrégulièrement à St-Gervais-des-Sablons entre 1979 (4 mâles à la mi-mai) et 1987 (dernier nid signalé). A l’est de Vimoutiers, un chanteur est entendu en 1977 à Avernes-St-Gourgon. Il faut là encore attendre 1996 pour voir la PGE reparaître : 1 mâle du 12/05 au 20/07 à St-Aubin-de-Bonneval, sur un ancien labour sec et plat, abandonné depuis 6-7 ans et envahi par les ronces et quelques arbustes, à 200 m d’altitude. Le secteur est suivi depuis 10 ans (P. STALLEGGER com. pers.). Dans l’Orne, la PGE recule donc devant les transformations, mais profite de la déprise ; la population recensée reste assez stable en effectif sinon en localisation, avec 12 à 20 couples dispersés - dont 10 découverts en 1996 !






3.2.4 - Calvados
Dans ce département pourtant éloigné des régions les plus riches, la PGE a toujours été bien distribuée, voire localement abondante - avec toutefois des variations selon l’époque et les secteurs. La diversité des milieux à épineux peut expliquer ce maintien : il y a eu relais entre plaine, dunes, bocages, coteaux abrupts, «picanes» (pré augeron en friche) et marais. Dans la période récente, l’aire occupée s’est fortement rétrécie, mais les effectifs semblent connaître une nouvelle vigueur.
Au début du 19e siècle, la PGE niche «exclusivement en pays de plaine» (LESAUVAGE 1838) dans les buissons d’aubépine encore nombreux. Au 20e siècle, on la notera partout, sauf dans la plaine vouée à la céréaliculture rationnelle. Dans les années 1960, BRUN (op. cit.) constate sa disparition en baie d’Orne, confirmée par un pêcheur local en 1973 (des isolés seront revus en 1980-81). Durant les 25 dernières années, elle est mentionnée dans 42 communes (sur 704).
Les marais de la Dives, à 10 km à l’est de Caen, abritent au moins 70-85 couples (STALLEGGER 1994). Leur richesse a longtemps été méconnue ou sous-estimée : une dizaine de sites recensés dans les années 1970, 12-15 dans les années 1980. L’enquête 1993-94 permet de franchir la barre des 50 sites et d’aboutir à l’estimation actuelle, correspondant bien au nombre de sites effectivement occupés en 1993-96. Ce marais s’étend sur environ 120 km², à moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer. C’est un grand maillage de prairies, champs cultivés, peupleraies et étangs de chasse, quadrillé de canaux et de haies basses. Dans les secteurs les plus riches ou les mieux suivis, les nicheurs forment des noyaux de 5-7 couples pour 40-60 ha, pour une moyenne communale de 1,5-2 couples par km² de marais. Le total de 70-85 couples équivaut à cette densité appliquée aux 35-40 % les plus favorables de l’ensemble du marais. Parmi ces fortes colonies, Corbon au centre et Biéville-Quétiéville au sud semblent en déclin, tandis que Bavent au nord progresserait (M. DEFLANDRE com. pers.), mais la tendance globale doit maintenant être à l’équilibre, comme à Hotot-en-Auge (25 couples).
Le Pays d’Auge est un ancien bastion de l’espèce, entre Deauville au nord (où un noyau s’est maintenu dans les années 1960, au Mont Canisy), et au sud, les régions de Livarot et d’Orbec, où BRUN la découvrait en 1956. Toutefois, les observations s’y font très rares entre 1970 et 1993. Une série impressionnante de découvertes débute en 1994 : un couple à St-Loup-de-Fribois, 3 à Notre-Dame-d’Estrées ; en 1996, au moins 17 couples sur 3 km de coteaux à cheval sur cette commune et Victot-Pontfol ; 6-7 à Gerrots, nouveaux venus sur un secteur suivi depuis plus de 20 ans (J. BAUCHET com. pers.) ; 8 autres autour de Dozulé, 5 à Rumesnil, 4 à Beuvron, 2 à St-Aubin-d’Algot, St-Laurent-du-Mont... J. BAUCHET en a trouvé partout où il a cherché, sur la cuesta du nord-ouest augeron dominant les marais de la Dives - soit au moins 45 sites en quelques séances. Ces pentes et picanes herbeuses et buissonneuses, exposées ouest à sud-est, pâturées ou déprises, offriraient au stade actuel des sites d’implantation idéaux au surplus d’individus des marais de la Dives. La nouveauté de cette «invasion» n’est cependant attestée que sur certains secteurs, comme Gerrots ou Dozulé (G. DEBOUT com. pers.) ; les autres n’ont pas été suivis auparavant, et beaucoup restent à prospecter : au moins 45 km linéaires de tels coteaux dans un rayon de 10 km autour de Gerrots. Le haut d’une fourchette réaliste de 50-115 couples correspond à un couple tous les 300 m sur 35 km de coteau ; le total Marais de la Dives-Pays d’Auge (valable pour tout le Calvados) s’élèverait à 120-200 couples. Les prospections à venir (prévues dès 1997) permettront de préciser ou peut-être de dépasser cette estimation.
  1   2   3   4


База данных защищена авторским правом ©shkola.of.by 2016
звярнуцца да адміністрацыі

    Галоўная старонка