Faune et flore chinoise




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Armand DAVID

FAUNE

CHINOISE


à partir de :

FAUNE ET FLORE CHINOISE

par Armand DAVID (1826-1900)

Une dizaine d'articles parus en 1889 et 1891 dans Les Missions catholiques, périodique de l'Œuvre de la propagation de la foi (Lyon).

Seule la classe des mammifères a été traitée dans ces articles. La flore, bien que mentionnée dans le titre, n'a pas été abordée.

[Il n'a pas été possible de numériser sur l'original. La préparation de cette édition en format texte a donc été faite à partir de la numérisation gallica, disponible ici. La qualité de reproduction des dessins étant très souvent insuffisante, on a choisi d'utiliser l'ouvrage (également disponible sur gallica, ici,) d'Alphonse Milne-Edwards, Recherche pour servir à l'histoire naturelle des mammifères, qui contient les dessins des spécimens d'animaux envoyés au Muséum d'histoire naturelle de Paris, par Armand David, ou par M. Fontanier, et qui sont bien entendus mentionnés dans le texte. Ce sont d'ailleurs souvent les mêmes dessins que dans les articles.]

Édition en format texte par

Pierre Palpant

www.chineancienne.fr

novembre 2011

TABLE DES MATIÈRES



Les Quadrumanes

Les Chéiroptères

Les Insectivores

Les Carnassiers : Félidés — Viverridés — Mustélidés — Canidés — Ailuridés — Ursidés.

Les Rongeurs : Sciuridés — Muridés — Spalacidés — Dipodidés — Léporidés.

Les Édentés

Les Pachydermes. Suidés — Équidés.

Les Ruminants : Camélidés — Tragulidés — Cervidés — Cavicornes — Ovidés — Bovidés.

Les Quadrumanes



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p.021 Tous les naturalistes taxologistes s'accordent à mettre en tête des animaux vertébrés la classe des mammifères, et à commencer celle-ci par l'ordre des quadrumanes.

En effet, les quadrumanes possèdent une organisation très perfectionnée, qui les rapproche singulièrement de l'homme en leur donnant avec nous une ridicule ressemblance qui humilie et exaspère notre amour-propre. Mais, il est bien entendu que cette ressemblance est toute superficielle et n'affecte que certains caractères anatomiques et physiologiques : l'homme par sa raison et ses destinées, se trouve élevé au-dessus des animaux à une distance incommensurable qui le place dans un règne à part ! D'ailleurs, les singes, quelque bien doués qu'on les suppose, sont loin de valoir le chien comme intelligence ; car cet ami dévoué de l'homme s'instruit et se perfectionne en avançant en âge, tandis que les plus parfaits des quadrumanes, dociles parfois et gentils tant qu'ils sont jeunes, deviennent brutaux de plus en plus et se bestialisent par le progrès des années. Ceux-là sont donc coupables de lèse-humanité qui prétendent rapprocher le singe de l'homme, au moral comme au physique ; et la vérité est qu'un chaos infranchissable nous sépare du règne animal, plus encore que les forêts les plus disparates qui composent celui-ci ne se distinguent entre elles.

Si l'on écoutait les zoologistes les plus récents qui se sont occupés spécialement de l'étude des quadrumanes (Schégel, etc.) on arriverait à en compter près de cinq cents espèces ! Mais, on peut leur objecter raisonnablement qu'ils comprennent dans ce total si élevé, bien des formes qui ne sont en réalité que de simples races, ou même des variétés. Toutefois, il ne semble pas qu'il y ait exagération à admettre, comme un minimum, le chiffre 300 pour les vraies espèces qui ont été décrites par les différents auteurs ; et il faut ajouter que ce nombre augmente incessamment par les découvertes des voyageurs.

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L'ordre des quadrumanes comprend, comme on le sait, non seulement les singes, mais encore les lémuriens. Ceux-ci ont aussi quatre mains, plus ou moins parfaites ; mais ils s'éloignent beaucoup des vrais singes par leur système dentaire, leurs viscères, leurs gros yeux, leur museau pointu, et par d'autres caractères importants qui feraient d'eux des pachydermes arboricoles et des carnassiers insectivores. Aussi, plusieurs naturalistes les rangent-ils dans une division à part, sous le nom de prosimiens, les regardant comme les prédécesseurs des singes. La plupart des lémuriens (les trois cinquièmes) sont propres à Madagascar, et cette grande île ne nourrit pas d'autres quadrumanes ; quelques formes aberrantes (Galago, etc.) vivent en Afrique, et d'autres dans l'Indo-Malaisie jusqu'à la Chine méridionale.



De même que les psittacidés (perroquets), les singes habitent en général les parties les plus chaudes du globe, mais à exclusion de l'Australie qui ne possède et n'a jamais possédé aucun représentant de cet ordre ; et l'on sait, d'ailleurs, que la faune mammalogique de ce continent lui appartient exclusivement et que son analogue ne paraît avoir figuré dans notre région paléarctique que dans des temps géologiques très éloignés du nôtre. Quant à l'Europe qui a eu des espèces variées de quadrumanes pendant la période tertiaire, elle ne nourrit plus aujourd'hui que quelques individus de l'espèce qui continue à se propager dans l'Atlas, lesquels se sont réfugiés dans les rochers inaccessibles de Gibraltar. D'après les Anglais, il n'en resterait plus que huit ou dix.

*

On constate que près de la moitié des quadrumanes connus sont propres à l'Amérique, différant tous de ceux de l'Ancien Monde par leur système dentaire et par d'autres caractères essentiels. Quant aux vrais singes de notre hémisphère, les auteurs généralement les divisent en cinq familles principales, dont les espèces se trouvent distribuées dans l'Afrique tropicale, l'Asie méridionale et les grandes îles malaises jusqu'à Timor.



La première famille dite des anthropopithèques ou simplement des simiidés, est peu nombreuse et contient les quadrumanes les plus élevés de l'ordre. Elle est composée du Chimpanzé et du Gorille, propres au Congo ; de p.022 l'Orang-outang, confiné dans Bornéo et Sumatra et du genre Gibbon, renfermant une dizaine d'espèces disséminées dans le sud-est de l'Asie. La Chine possède deux espèces de ce groupe.

Les gibbons, par l'ensemble de leurs caractères, relient l'orang-outang aux autres singes et ils se distinguent par un naturel timide et plus doux que celui de la plupart d'entre eux. Ils sont faciles à reconnaître à leurs très longs bras, à l'absence complète de queue, à leurs couleurs généralement noires, etc.

Le gibbon, qui habite l'île de Hainan (devant le Tonkin), a été identifié avec une espèce cambodgienne, nommée par Gray Hylobates pileatus. C'est une grande et très belle bête, le mâle étant presque tout noir avec du blanc au front et aux quatre mains, et la femelle blanche avec du noir sur la tête et l'abdomen. Les Chinois l'appellent Yuen, et ils prétendent que, autant ce singe est adroit et agile sur les arbres, autant il est embarrassé pour marcher sur ses pattes, de sorte que, s'il vient à tomber à terre, il y reste immobile comme une bûche ! Ceci est une exagération évidente.

Le yuen semble être très rare dans la grande île, et il s'y tient retiré dans les forêts les plus solitaires ; lorsque les indigènes parviennent à en capturer un vivant, celui-ci ne tarde pas à mourir de nostalgie. Nos Chinois soutiennent qu'un gibbon, au moins, existe aussi sur leur continent, à l'ouest de Canton. Le fait est que les voyageurs ont pu se procurer dans cette ville l'Hylobates maurus, Schr. et l'Hyl. veter, L. ; et nous avons de bonnes raisons pour penser que le yuen noir des écrivains chinois est un vrai gibbon, qui vit dans l'extrémité méridionale de l'empire. Est-ce l'Hyl. concolor de certains naturalistes ou bien plutôt s'agit-il ici d'une espèce qui est encore inédite ? Cette dernière hypothèse nous paraît la plus probable, et ce sont nos missionnaires qui sont sur les lieux, qui pourront éclaircir cette question, de même que celle de l'existence du Semnopithèque noir, du pays des Maao, dont je parle ci-après.

A la suite des anthropopithèques se place méthodiquement la famille des semnopithèques (singes vénérés), qui est beaucoup plus nombreux et dont un genre Colobus est africain. Tous les animaux de ce groupe (qui sont l'objet d'un respect religieux dans les pays bouddhiques qu'ils habitent) sont caractérisés par une face arrondie, l'absence de poche intérieure aux joues, et par une très longue queue souvent terminée en touffe ; et ils n'ont rien de la pétulance que nous sommes habitués à voir dans les singes que l'on transporte chez nous. Les trois genres asiatiques de la famille, comptent une trentaine d'espèces décrites.

Le seul semnopithécien de Chine que l'on connaisse bien est celui que j'ai rapporté de Moupine. Il se distingue tellement de tous les autres membres de cette division qu'il a fallu créer pour lui un nom générique nouveau : p.023 Rhinopithecus. Il vit dans les forêts des principautés indépendantes (Mantze) et parmi les montagnes qui séparent la Chine du Thibet oriental, jusquaux confins du Koukounoor. Dans toutes ces régions élevées, l'hiver est relativement rude et il y tombe beaucoup de neige ; mais notre singe supporte bien ce froid, grâce à son pelage fourré. Les poils de son dos, soyeux et doux, s'allongent beaucoup et sont brunâtres ; mais la couleur dominante de l'animal est un roux-jaune, qui le fait paraître de loin blond-doré. Aussi, les naturels l'appellent-ils singe-doré (Kin-héou). Le petit, très jeune, est tout blanc.

Le kin-héou est grand et vigoureux et ses membres, très musculeux, sont gros et courts, comme le montre assez la gravure ci-dessous. Son crâne est très développé et sa capacité cérébrale est proportionnellement supérieure à celle de tous ses congénères. Le rhinopithèque est encore remarquable par sa face verte et par son nez tellement retroussé que, dans quelques sujets observés par nous, le bout

Rhinopithecus Roxellanæ, A. M. E. (Kin-héou). Planche36.

Femelle très adulte provenant des montagnes de la principauté de Moupine (Thibet oriental)

et faisant partie des collections formées par M. l'abbé A. David.

atteignait presque au front. On sait qu'il existe à Bornéo un semnopithécien, nommé Nasique, qui est orné d'un nez atteignant une longueur démesurée dans les sujets adultes. C'est un vrai contraste avec notre singe thibétain ! Mais, ce qu'il y a de singulier, c'est que le nasique, lorsqu'il est jeune, a son nez assez court et relevé, un peu comme chez le rhinopithèque. Nous avons donc là deux animaux voisins, de la même section zoologique, chez qui l'appendice nasal, par le progrès de l'âge, se développe en s'inclinant, dans l'un, et en remontant de plus en plus, dans l'autre. Nous voudrions bien voir les darwinistes donner une explication acceptable de cette croissance d'un même organe dans deux directions diamétralement divergentes...

Une seconde espèce de ce groupe visite, pendant l'été, les hautes régions habitées par les aborigènes indépendants du Kouy-tcheou. C'est un animal qui n'a pas encore été obtenu par les naturalistes et qui, d'après toutes les apparences, serait une intéressante nouveauté pour la science. Ce que nous avons appris seulement c'est que ce semnopithécien est aussi de grande taille, qu'il est muni d'une longue queue et que ses couleurs sont très sombres et même noires.



p.094 A la suite de cette famille vient, dans l'ordre méthodique, celle des cercopithèques ou guenons, dont les très nombreuses espèces ne se rencontrent qu'en Afrique. Puis nous avons celle des macaciens qui, comme la précédente, est caractérisée par des abajoues, poches buccales, où s'accumulent les provisions alimentaires.

Le genre Macacus est richement représenté en Chine : Mac. tibetanus, Mac. tcheliensis, Mac. lasiotis, Mac. Cyclopis, Mac. Sancti-Johannis et Mac. erythreus. Il est à noter que le singe désigné dans les livres sous le nom de Macacus sinicus ou Bonnet chinois, est une espèce très commune dans l'Inde mais tout à fait étrangère à la Chine.

Le macaque thibétain a été ainsi nommé, parce que c'est dans le pays des Mantze du Thibet oriental, que nous avons trouvé les premiers représentants de cette nouvelle espèce, qui est sans contredit la plus grande de son genre. Mais, depuis, nous l'avons aussi obtenue dans les montagnes du Fo-kien, à l'est de la Chine ; de sorte que l'on doit admettre qu'elle habite, d'un bout à l'autre, toute la partie moyenne de l'empire. De même que tous les autres macaques à queue courte (désignés vulgairement sous le nom de maïmons), celui-ci fréquente volontiers les rochers escarpés et demeure dans les cavernes plus que dans les bois. Nous l'avons rencontré parfois réuni en troupe de vingt ou trente individus, commandés par un vieux de très forte taille, allant à la maraude par monts et par vaux pour ravager lestement les champs de maïs ou de patates douces.

Macacus Tibetanus, A. M. E. Le macaque brun. Planche 34.

Individu mâle très-adulte, provenant des montagnes neigeuses de la principauté de Moupine.

Et, à propos de la capture du premier Macacus tibetanus, qu'il me soit permis de transcrire ici ce que je trouve noté dans mon journal de voyage.

« Aujourd'hui (11 mars), le temps est beau dans ces sauvages montagnes, perdues d'ordinaire dans le brouillard, et le soleil a brillé pendant la plus grande partie du jour. J'ai profité de cela pour faire, en compagnie du robuste chasseur qui porte le nom de Gny, une très longue course dans les basses vallées du Hong-chan-tine (mont à la cime rouge qui a 5.000 mètres d'altitude). La journée commence bien : un premier coup de fusil abat un beau Garrulax et deux Spizixos ; puis nous prenons encore un Cinclus nouveau pour moi, et un Tichodroma, charmant oiseau aux ailes rouges qui se montre quelquefois sur les rochers élevés de l'Europe méridionale. J'acquiers aussi un second exemplaire de mon nouveau merle marron, dont je constate que la voix et les allures ressemblent beaucoup à celles de notre merle noir.

Continuant à nous avancer jusqu'au haut d'une longue vallée, à cinq lieues de ma résidence provisoire, je remarque sur la neige, à ma grande surprise, les traces fraîches d'un singe entremêlées avec les empreintes des grosses pattes d'une panthère. Nous suivions attentivement cette piste depuis quelque temps, en pensant un peu plus à la bête féroce qu'au quadrumane qu'elle avait sans doute dévoré, quand tout à coup j'aperçois remuer quelque chose vers le milieu d'un immense pan de montagne qui nous barre le chemin ; mais, au lieu du gros félin, dont la pensée nous émotionne un peu, c'est un malheureux macaque que je découvre dans la fente étroite d'un rocher escarpé où son persécuteur n'avait pu parvenir et qui sans doute avait pris la fuite en nous voyant approcher. Un heureux coup de fusil fait rouler ce singe à mes pieds. C'est un sujet très vieux et dont les dents, usées jusqu'à la racine, témoignent de la dureté de ses aliments habituels ; sa queue est très courte et son long poil est d'un brun foncé. La face, nue presque complètement, est couleur de chair et marquée ça et là de taches plus rouges ; les yeux sont petits et châtains. Je dois avouer que le frisson que produit en moi la vue de cette pauvre bête, qui expire en me jetant son dernier regard, est tel que je prends la ferme résolution de ne jamais plus tirer sur des animaux qui ont tant de ressemblance avec nous.

Je trouve dans mes notes un autre passage concernant cette même espèce :

« En revenant à notre demeure, nous rencontrons en route un vieux chasseur du pays qui est surnommé l'Attrapeur de singes parce qu'il avait jadis une habileté p.095 particulière pour prendre ces animaux. Chemin faisant, ce brave homme me raconte qu'autrefois le singe brun et le singe jaune étaient très abondants dans plusieurs vallées des principautés thibétaines, mais que Moupine n'a jamais possédé que le tsin-héou (singe brun) ; et il ajoute que, de cette espèce, il en a bien capturé sept ou huit cents à lui seul, au temps de sa jeunesse.

Il était continuellement appelé çà et là par les montagnards du pays, quand les ravages des quadrumanes devenaient par trop fréquents, afin qu'il détruisît le plus possible de ces redoutables voleurs, ou du moins qu'il les fît fuir ailleurs lorsqu'ils s'étaient aperçus qu'on en voulait à eux.

Voici comment il procédait : après avoir découvert sur le flanc des montagnes le lieu de passage favori des singes, il y dressait une immense cage en perches solidement reliées entre elles, munie d'une porte en trappe, et il mettait dans l'intérieur des épis de maïs en abondance et un individu apprivoisé de la même espèce qui servait d'appelant. Les singes du voisinage ne tardaient pas à accourir et à s'accumuler étourdiment dans le piège. Lorsque le chasseur, qui les avait guettés de loin, sortait de sa cachette et s'approchait de la cage, c'était, nous dit-il, une scène inimaginable que de voir les captifs se démener furieusement, grinçant des dents et faisant un vacarme étourdissant pour lui faire peur. Mais, malheureusement pour eux, l'Attrapeur de singes connaissait son monde et, sans se laisser intimider par leurs menaces, il saisissait adroitement par la porte entr'ouverte l'un des prisonniers les plus faibles, le tuait d'un coup de couteau et l'écorchait séance tenante. Il paraît que cela suffisait pour calmer subitement toute l'assistance : la vue de leur compagnon égorgé et palpitant dans son sang, terrifiait tellement ces pauvres animaux qu'ils se tenaient désormais immobiles et glacés d'effroi et se laissaient alors prendre sans résistance et lier un à un, pour être ensuite emportés par les aides du chasseur et vendus aux montreurs de curiosités, ou même pour les boucheries chinoises. Car toutes ces populations orientales, malgré la métempsycose à laquelle elles croient généralement, se nourrissent volontiers de viande de singe, comme de celle de toutes les autres bêtes, et moi-même, dans plus d'une occasion, je me suis estimé fort heureux d'en pouvoir obtenir, pour donner un peu de variété à notre riz ou maïs quotidien.



Macacus Tcheliensis, A. M. E. Le singe jaune de Pékin. Planche 32.

Femelle presque adulte, provenant de la cordillère de l'est de la province du Tché-ly,

et faisant partie des col­lections rapportées au Muséum par M. Fontanier.

Quant au singe de Pékin (Macacus tcheliensis) il a été ainsi nommé parce qu'il vit au Tchély, dans les montagnes qui sont au nord-est de la capitale, c'est-à-dire dans une région qui est placée à peu près sous la même ligne iso-thermique que Paris. Il n'y a pas au monde un autre quadrumane qui réside aussi loin de l'équateur. Et, lorsque j'étais à Pékin, j'ai longtemps hésité à admettre qu'un vrai singe pût exister dans un pays où le thermomètre descend souvent à 15° ou 20° sous la glace. Il m'a pourtant fallu me rendre à l'évidence, et il est parfaitement constaté que cette jolie espèce, désignée par les Chinois sous le nom de hoang-héou (singe jaune), réside et se propage dans les montagnes de Tong-lin. C'est de là que provient le sujet qui a servi de type à la première description de l'espèce et à la gravure que nous faisons reproduire ici. C'est là un fait très remarquable et plein d'enseignement pour la géographie zoologique ! Mais nous devons ajouter que ce singe si septentrional se retrouve aussi sur d'autres points de l'empire, où l'hiver est moins rigoureux ; pour ma part je l'ai rencontré dans la chaîne du Tsin-lin, entre les deux grands fleuves, au Se-tchuan, et presque par toute la Chine centrale où se trouvent des bois de quelque étendue.

La couleur ordinaire du Mac. tcheliensis est un roux-jaune qui s'assombrit par l'âge et devient fauve sur le dos, et la partie nue de la face est aussi couleur de chair. Cette espèce atteint une taille assez forte, mais sans égaler celle du Mac. tibetanus, dont d'ailleurs elle se distingue facilement par sa queue bien plus longue, ainsi que par ses habitudes plus arboricoles.

On sait que les Chinois aiment à réduire leurs animaux et même leurs plantes à l'état de pygmées, par des moyens artificiels. Ainsi, quand ils parviennent à capturer un hoang-héou en jeune âge, ils usent d'un procédé assez cruel pour l'empêcher de grandir : ils le privent d'eau rigoureusement et ne lui donnent pour toute boisson que de l'arack ou eau-de-vie de grain. Nous-même, au cours de nos voyages, nous avons trouvé quelques uns de ces pauvres captifs qui excitaient notre compassion ; liés par une chaîne courte dans un coin de l'auberge, ils faisaient des efforts désespérés pour venir nous demander de l'eau qu'ils nous voyaient boire. Il n'est point besoin de dire que, malgré l'évident déplaisir des propriétaires, c'est sans aucun scrupule que nous donnions, pour cette fois, satisfaction à ces malheureux suppliciés.

p.046 Le singe que j'ai compté plus haut parmi les espèces chinoises, sous le nom de Macacus lasiotis paraît être très ressemblant, sinon identique, avec le Macacus tcheliensis, et il a été décrit par Gray, d'après un sujet procuré dans le centre de la Chine. L'un des caractères spécifiques que lui attribue le zoologiste anglais est l'absence totale de queue ; or, il a été reconnu plus tard que cet appendice avait été enlevé artificiellement au type en question, de façon qu'il y a une espèce ou même une race vraiment différente.

Quant au Macacus Cyclopis, il habite uniquement l'île de Formose, où paraît n'exister aucun autre quadrumane. Il affectionne les rochers les plus inaccessibles du littoral, particulièrement ceux qui surplombent la mer, et il y habite dans les creux et les cavernes solitaires, dédaignant les bois, même quand ils sont à sa portée. Le cyclope se nourrit de fruits et de racines tendres comme aussi de sautelles, de coquilles et de crustacés ; mais pendant la saison convenable, il cherche à varier son régime en volant le plus qu'il peut dans les champs cultivés, surtout les cannes à sucre, et il devient par là un véritable fléau pour les populations agricoles qui avoisinent ses refuges. Les couleurs dominantes du macaque de Formose sont un vert-olive foncé, qui passe au gris cendré sous le corps.

Outre l'Hylobates pileatus, Gr., la grande île de Hainan nourrit aussi un macaque qui a été identifié avec le Rhésus de l'Inde ; il paraît y être très abondant partout, jungles et p.047 forêts. Le Rhésus (si tant est que l'identification soit exacte) est commun et répandu dans toutes les possessions anglaises jusqu'au Bengale. Sa queue est longue comme la moitié de son corps, et la couleur principale de son poil est un fauve roux qui lui a valu son nom spécifique latin (Mac. erythræus).

Ne quittons pas les macaques de Chine sans faire observer qu'un de leurs proches parents vit aussi au Japon (Inuus speciosus, T.), et que notre magot de Gibraltar et de l'Algérie (In. atlanticus) bien qu'il soit complètement dépourvu de l'appendice caudal, leur ressemble pourtant beaucoup sous d'autres rapports.

Nous avons écrit plus haut qu'il y a un problème très intéressant d'histoire naturelle dans la présence de ce singe à l'extrémité occidentale de l'Ancien Monde, tandis que tous les autres macaciens habitent le sud-est de l'Asie. Et un fait qui démontre que le Magot n'est pas une récente introduction en Espagne, c'est qu'on a trouvé ses ossements fossiles dans des dépôts anciens remontant sans doute à l'époque où le continent africain était uni au nôtre. On se demande si cette espèce si isolée a existé ab origine dans son habitat actuel, ou bien si elle y est parvenue par une voie paléarctique. Cette seconde hypothèse paraît assez probable, puisque l'Afrique manque absolument de ses congénères ; mais la difficulté ne disparaît pas avec elle.

Le dernier quadrumane chinois dont il nous reste à parler est une sorte de Loris qui a été nommé, Nycticebus tardigradus, L.

Mais, déclarons tout d'abord que le fait de l'habitation de ce lémurien dans les confins de la Chine, n'est pas complètement démontrée, et que, jusqu'ici, il ne repose guère que sur les écrits et sur les récits des Chinois, ainsi que sur l'acquisition faite à Canton de quelques exemplaires vivants de cette espèce si curieuse. C'est, dans tous les cas, un animal de l'Extrême-Orient et qui est bien connu des habitants du Céleste Empire, qui l'appellent my-chouy. J'en ai vu moi- même dans leurs mains et les possesseurs m'ont soutenu qu'ils avaient reçu leur loris des parties les plus méridionales de leur pays. De son côté, le grand zoologiste anglais, M. Swinhoe, si zélé dans ses recherches et si exact dans ses assertions, n'a pas hésité à admettre ce lémurien dans la faune chinoise.

Au début de cet article nous avons noté que les lémuriens habitent surtout Madagascar ; de tout le groupe, ce sont les nycticebes et les tarsiers qui sont les représentants les plus orientaux et qui comptent aussi parmi les formes les plus disparates. Le nyctitardigrade est appelé communément loris paresseux, à cause de ses p.048 allures singulièrement torpides (le vrai Loris gracilis habite Ceylan et l'Indoustan). C'est un très intéressant petit animal, couvert d'une épaisse fourrure d'un gris brun ; sa physionomie est douce et sympathique, et ses gros yeux à pupille transversale ont une expression très agréable et dénotent en lui des mœurs nocturnes. En effet, ce loris passe tout le jour à dormir, roulé sur lui-même, mais sans se renverser ; et quand la nuit est revenue, il s'éveille, frotte ses yeux de ses mains et part piano-piano en quête de sa nourriture, qui consiste en fruits sucrés, ainsi qu'en insectes et en petits oiseaux. Tous ses mouvements sont très lents ; quand il aperçoit une proie endormie, c'est tout à son aise et doucement qu'il s'en approche ; mais, arrivé à portée, il la saisit très adroitement et en clin d'œil ; il ne manque jamais son coup.

Dans ces exemples, comme dans mille autres, nous voyons que le Créateur a donné à tous les êtres de la nature tout ce qui leur est nécessaire pour leur conservation et leur propagation. Bien que, de prime abord, notre paresseux et faible loris paraisse si mal doué et peu apte à se protéger dans la lutte pour l'existence, il possède pourtant dans son organisation et dans les aptitudes qui en dépendent, tout ce qu'il lui faut pour échapper à beaucoup de ses ennemis et pour pourvoir à sa subsistance et à la continuation de son espèce.

*

Concluons cette rapide revue des onze espèces de quadrumanes, signalées comme indigènes en Chine, en répétant que trois d'entre elles, et des plus intéressantes, sont encore mal connues et méritent d'être recherchées avec soin par les personnes désireuses de rendre service à la science. Ajoutons que d'autres espèces tout à fait inconnues seront probablement découvertes dans les bois et parmi les montagnes du sud-ouest de l'empire.



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Les Chéiroptères



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p.213 A la suite de l'ordre des quadrumanes dont il a été question dans l'article précédent vient se placer celui des petits mammifères dont la main est modifiée en aile membraneuse qui leur permet un vol soutenu et admirablement varié.

Il n'est venu à l'esprit d'aucun naturaliste que les chauves-souris qu'on range si haut dans la série mammalogique, p.214 soient des êtres plus parfaits que les Carnassiers ; mais ces intéressantes bestioles se rapprochent des singes et des prosimiens par la position des organes de la lactation, par le nombre des dents et par quelques autres caractères assez notables. De plus, une sorte de chéiroptère très anormal (Galéopithecus) établit un trait d'union naturel entre les deux ordres, étant placé par les uns à la fin des Lémuriens et par les autres en tête des chauves-souris, tandis que certains naturalistes le reportent aux Insectivores. Quelles que soient les relations de ce genre ambigu (qui n'a que deux espèces connues, l'une de la Malaisie et l'autre des Philippines), nous n'avons pas à nous en occuper autrement ici, puisqu'il est étranger à la faune chinoise. Seulement disons que nous pensons que le galéopithèque doit être mis dans un ordre à part et intermédiaire (Dermaptères) puisque, s'il tient des quadrumanes et même des marsupiaux par quelques détails anatomiques, son aile velue et impropre au vol, ainsi que ses doigts courts et non engagés dans la membrane, empêchent absolument de le réunir aux chéiroptères.

Les naturalistes ont décrit près de quatre cent cinquante espèces de chauves-souris : réduisons ce nombre à quatre cents, à cause des doubles emplois qu'il y a eu certainement dans les descriptions. Ceux de nos lecteurs qui ne s'occupent pas de zoologie trouveront que ce total est encore bien élevé ; car, d'ordinaire, ils ne distinguent que peu ou point de différences entre ces rats-volants dont plus d'une fois sans doute ils auront admiré les capricieuses évolutions pendant les belles soirées d'été. D'ailleurs, ces petits mammifères que les anciens, à la suite d'Aristote, classaient bravement parmi les oiseaux, ont la malchance de partager avec le hérisson et le crapaud la répulsion et l'injuste haine du vulgaire, bien que, à l'exception du Vampire d'Amérique qui suce le sang et des Roussettes sud-orientales qui dévorent les fruits, ce soient des animaux non seulement inoffensifs mais même grandement utiles par la destruction qu'ils font d'une énorme quantité de moustiques, de noctuelles, de hannetons et d'autres insectes nuisibles ; il ne serait donc que juste de les aimer plutôt que de les abhorrer, malgré leurs formes laides et un peu diaboliques, et nous devrions les protéger partout avec le plus grand soin.

Vespertilio moupinensis, A. E. Planche 37a.

Chauve-souris provenant de la même localité et faisant partie des collections rapportées par M. l'abbé A. David.

Une chose qui nous étonne aussi, c'est que les chauves-souris, malgré la puissance de leur vol et l'uniformité de leur régime alimentaire, qui sembleraient devoir rendre cosmopolites la plupart de ces animaux, ont pourtant leur distribution géographique fort limitée généralement. Ainsi les soixante-cinq espèces de Ptéropidés se trouvent seulement en Afrique, en Asie et en Océanie ; les soixante-dix espèces de Rhinolophidés sont aussi exclusivement propres à l'Ancien Monde ; les soixante espèces de la famille des Phyllostomidés sont au contraire confinées en Amérique ; tandis que celle des Vespertilionidés a ses deux cents espèces répandues un peu partout, excepté aux régions polaires. De même, les cinquante Noctilionidés connus sont répartis, quoique inégalement, dans les deux hémisphères.

Le nombre des chéiroptères dont nous avons reconnu l'existence en Chine est de trente-cinq ; chose curieuse, c'est le même que celui que l'on admet actuellement pour les espèces européennes. On ne peut pas douter que ce nombre n'augmente fortement, quand aux recherches de M. Swinhoe et aux nôtres, viendront s'ajouter celles d'autres naturalistes possédant plus de temps et de moyens à leur disposition ; car il ne faut pas perdre de vue que les chauves-souris, de même que les Insectivores dont il sera question plus bas, sont fort difficiles à se procurer, soit à cause de leurs habitudes nocturnes, soit parce que les indigènes n'ont aucun intérêt à leur faire la chasse.

Le sous-ordre des Ptéropidés n'est représenté en Chine que par une seule espèce (Cynonycteris amplexicaudata, G.), qui a été signalée dans le midi et que nous avons aussi reconnue au Kiang-si. Elle est plus petite que la plupart de ses congénères, qui ont jusqu'à un mètre soixante-quinze d'envergure, et elle s'en distingue encore par l'existence d'une queue dont la base seule est engagée dans la membrane interfémorale. On sait que les roussettes s'éloignent des chéiroptères, non seulement par leur régime frugivore, leur tête allongée et leur cou dégagé, mais encore par d'autres caractères qui en font un groupe bien séparé. Il paraît qu'elles sont bonnes à manger, et le fait est que les Océaniens les recherchent comme un gibier agréable et avec d'autant plus d'empressement que c'est le seul mammifère sauvage qui existe dans leurs îles.

p.215 Parmi les vraies chauves-souris de la Chine, figurent la Sérotine d'Europe, ainsi que la Pispitrelle et l'Oreillard de notre occident. Le beau Megaderma lyra, du Coromandel, dont les grandes oreilles sont réunies par leurs bases sur la tête, vit aussi dans le midi de l'empire, de même que l'étrange Dysopes rueppelii, de l'Égypte. La grande noctule de Pékin a été décrite par Péters, le savant zoologiste de Berlin, sous le nom de Vespertilio Davidis, et plusieurs autres espèces de ce genre et du genre vesperugo sont particulières à l'Extrême-Orient, sans s'étendre jusqu'au Japon, à l'exception de l'Akakomuli. Le Fer-à-cheval à masque, figuré ci-dessous, a été étudié d'après un seul sujet que nous avions découvert à Moupine, en compagnie de quelques autres chéiroptères nouveaux.


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