Cultivating Good Water




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5ème Rencontre

“Cultivating Good Water”

et

Forum de l’Eau des Amériques



CEREMONIE D’OUVERTURE

Dimanche 23 novembre 2008

Fos do Iguaçu, Brésil

Discours de M. Loïc FAUCHON

Président du Conseil Mondial de l’Eau

Laissez-moi vous dire tout d’abord le plaisir que j’ai à me trouver parmi vous aujourd’hui pour cette cérémonie d’ouverture de la 5ème Edition de « Cultivating Good Water » et du Forum de l’Eau des Amériques.


C’est un honneur pour le Conseil Mondial de l’Eau, ses Gouverneurs et ses membres présents et son Président que d’être avec vous aujourd’hui.
Je voudrais remercier le collège des organisateurs pour leur invitation à venir m’exprimer ici. A travers ma présence, c’est également le salut de l’ensemble de la communauté internationale de l’eau que je souhaite apporter.
Le Conseil Mondial de l’Eau a aujourd’hui plus de trois cents organisations et Etats membres issus de plus de près de 70 pays. Son rôle est de faire connaître la cause de l’eau, d’être la « Voix de l’Eau » en quelque sorte, et de faire qu’elle devienne pour l’ensemble des décideurs la priorité des décennies à venir.
Le monde d’aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, est en perpétuelle évolution. Nous vivons avec une crise alimentaire, une crise de l’énergie, et depuis peu une crise financière qui ici et là provoquera une crise économique.
Nous entrons dans une société du RISQUE PERMANENT, une société où la mondialisation gomme les frontières non seulement politiques, mais aussi économiques. Le risque se propage aussi vite que l’information rendant chacun très dépendant de tous.
Les ressources naturelles n’échappent pas à cette globalisation des questions environnementales. Nous sommes progressivement devenus éco-dépendants et bio-responsables.
L’avenir du monde est devenu l’affaire de tous à partir du comportement de chacun. Les responsabilités sont d’abord individuelles, là où les solutions ne peuvent plus être que collectives.
Les organisateurs de cette soirée l’ont bien compris et vous aussi chers amis qui avez décidé de « cultiver de la bonne eau ». Quelle excellente formule pour dire la nécessaire maîtrise des ressources en eau et la valorisation de ses usages !
On dit généralement que l’agriculture consomme de l’ordre des trois quarts de l’eau douce utilisée dans le monde. Et on montre vite du doigt la communauté des travailleurs de la terre comme responsable d’intenses gaspillages. Plusieurs campagnes de presse ont parfois présenté les producteurs de certains aliments comme les « assoiffeurs » du reste de la population. J’ai en souvenir, il y a quelques années, dans mon propre pays la France, un déchaînement indécent contre les producteurs de maïs. Ils étaient capables aux yeux de tous d’arroser leurs champs de manière excessive et d’être responsable de la sécheresse qui en réalité avait bien d’autres causes.
En réalité, nous avons besoin d´eau pour produire la nourriture nécessaire à l´humanité. C´est une priorité qu´il faut défendre. En réalité, les ressources en eau dans le monde connaissent des difficultés, des tensions d’origines très diverses et qui sont globalement au nombre de cinq.
La première de ces tensions est due à la démographie et ce milliard d’habitants supplémentaires qui arrive tous les dix ans sur notre planète. La conséquence c’est l’urbanisation galopante, phénomène que vous connaissez aussi, vous ici au Brésil avec le développement anarchique de ces méga cités incontrôlables. Dans ces conurbations, le plus souvent situées dans les zones côtières, un danger parmi d’autres concerne l’eau, son absence de traitement et les énormes pollutions qui en découlent. Oui nous avons créé des bombes sanitaires, oui nous en avons allumé les mèches et aujourd’hui oui nous ne savons plus comment les éteindre…
La seconde tension liée à l’eau est la crise alimentaire. L’accès à une nourriture suffisante est comme l’accès à l’eau un droit dont le respect confère dignité et sécurité. Il est étonnant de voir qu’au long des débats qui dans l’année ont animé le discours sur la sécurité alimentaire. Trop peu d’entre eux ont fait référence aux besoins supplémentaires en eau que nécessiterait le doublement de la production agricole d’ici à 2050. Cette question doit être clairement posée en termes de rendement des réseaux d´eau, en termes d’économies d’eau, mais aussi de choix, entre sécurité énergétique et sécurité alimentaire.
Une troisième tension est celle liée à l’énergie. Les variations fréquentes et excessives du coût de l’énergie impactent directement sur l’accès à l’eau. L’énergie nécessaire à l’eau reste chère et son prix a des conséquences évidentes sur le coût du pompage, des transferts et de l’épuration.
En sens inverse l’énergie a besoin d’eau, Itaipu en est le plus bel exemple en matière d’hydro-électricité, mais il en est de même pour les besoins de refroidissement des centrales nucléaires.
Il y a de vastes débats sur cette question de l`énergie, des disputes importantes entre les « pour » et les « contre ». Nous pensons simplement que l’avenir n’est plus à la polémique, mais à l’établissement de solutions réalistes qui permettront la mise à disposition d’une énergie pour l’eau qu’elle soit d’origine fossile ou renouvelable, peu coûteuse et disponible dans la durée.
Bien évidemment comment ne pas évoquer ici le climat comme une des tensions qui pèsent sur l’eau. Peut être aussi dois-je parler ici d’évolution plutôt que de changement. Nous ignorons les conséquences exactes que ces évolutions auront sur la situation et la disponibilité des ressources en eau. Elles seront évidemment financières. Nous aurons demain à mobiliser plus d’argent pour faire face ici à des crues plus importantes et à des sècheresses plus longues. Cela nous oblige à sur calibrer nos infrastructures, des digues plus hautes et des forages plus profonds avec des réservoirs plus importants. Cet argent là manquera évidemment pour améliorer l’accès à l’eau du plus grand nombre.
Et plus près de nous, par-dessus tout cela une nouvelle raison d’inquiétude, une cinquième difficulté majeure à travers la crise financière et la crise économique. Ces crises font peur et la peur entraîne un repli sur soi, un repli matériel, physique, mais aussi et surtout moral. Elle a des conséquences que nous voyons se dessiner peu à peu.
Le discours dominant, celui des élites et des médias focalise l’attention sur le financier. Cela veut dire que le crédit plus cher rendra plus difficile un soutien fort aux services publics.
Autre conséquence, celle de la recherche de la sécurité matérielle et alimentaire qui nous éloignera partout des priorités de respect de l’environnement. Cela aura des répercussions sérieuses sur le maintien des écosystèmes et aussi sur la capacité à disposer des ressources en eau douce nécessaires pour les années à venir.
La nature s’épuise. Et c’est avant tout parce que l’homme épuise la nature. Cela est vrai dans le monde entier et c’est pour cela que la question de l’eau est devenue globale et planétaire, en même temps que les solutions à cette crise sont souvent locales.
Bien sûr, nous ne réglerons pas tout en un jour. Nous devons laisser de côté les discours démagogiques. Nous devons bien sûr faciliter les progrès techniques pour accroître les ressources en eau disponibles, mais en même temps et de manière durable pour des années, pour des décennies, nous avons à nous organiser pour consommer moins et gérer mieux l’eau disponible.
Il nous faudra imaginer que nous puissions remettre en cause certaines habitudes alimentaires. A ce titre, le concept d’eau virtuelle est particulièrement intéressant. L’eau virtuelle, c´est la quantité d’eau nécessaire pour produire des aliments ou des biens.
A titre d’exemple, il faut 15 000 litres d’eau environ pour produire un kilo de boeuf, alors qu’il faut 1000 litres seulement pour un kilo de pommes de terre. C’est une véritable révolution culturelle qui est nécessaire.
Et cette révolution culturelle aura également des répercussions sur les politiques nationales de l’eau et les stratégies des Etats.
Car l’eau virtuelle, c’est aussi, on le comprend bien, la quantité d’eau douce ou d’eau traitée qu’un pays peut économiser s’il importe un aliment au lieu de le produire. Il en est de même pour la production industrielle.
On comprend à travers ce concept d’eau virtuelle que les Etats, au fur et à mesure que la pression s’exerce sur leur offre en eau, devront faire des choix parfois difficiles qui auront des impacts sensibles sur leur politique agricole et industrielle.
La gestion des bassins transfrontaliers constitue un autre élément de la stratégie des Etats en lien direct avec la ressource en eau.
On recense dans le monde près de 300 aquifères frontaliers partagés entre des Etats. Cela peut créer des tensions ou des disputes à propos des ressources allouées à chacun des pays riverains, ou à propos des pollutions qu’un pays en amont peut disséminer vers ceux situés en aval.
On connaît les exemples des fleuvres du Mékong et du Gange en Asie du Sud Est, et au Proche Orient, du Tigre et de l’Euphrate entre Turquie, Irak et Syrie. Cette question est aujourd’hui géostratégique et nécessite de développer une forme d’hydro-diplomatie avec la mise en place d’organisations internationales de bassin, comme le Brésil l’a fait avec plusieurs de ses voisins pour le fleuve Amazone et pour le Parana.
Nous assisterons dans les décennies à venir à des coopérations renforcées dans ces espaces hydrographiques frontaliers pour marquer que l’eau est d’abord un facteur de paix
Voilà, mesdames et messieurs un tableau aussi complet aue possible de la situation faite à l’eau par l’homme. Et demain, si rien ne bouge, si rien ne change, cela sera pire encore et une partie de l’humanité sera assoiffée parce que nous ne consacrons à l’eau qu’un pourboire planétaire.
Non, mesdames et messieurs, l’eau ne peut continuer à vivre de mendicité. Elle réclame notre attention. Elle exige nos soins. Elle appelle la priorité que nous avons donnée aux causes essentielles. Et c’est pourquoi je voudrais vous associer à cette cause et vous adresser ici quelques messages qui me paraissent importants au regard des responsabilités que vous exercez.
Quelles solutions la Communauté de l’Eau doit-elle proposer ? La réponse tient sans doute dans ce que l’on pourrait appeler l’accessibilité politique et qui tient à quatre facteurs :
Libérer les ressources financières et pas seulement avec des financements accrus qui mettront les investissements de l’eau à la hauteur de celui du téléphone. Les entrepreneurs de terrain, comme l’épargne locale constituent une chance. En outre, les comptes publics de l’eau et de l’assainissement doivent être à la fois indépendants et transparents.

Affirmer clairement le droit de chaque individu à accéder à la ressource. Le droit à l’eau ce n’est pas la gratuité de l’eau, c’est la reconnaissance de la dignité reconnue à chacun.
Répartir la gouvernance de l’eau entre les bons niveaux institutionnels. L’Etat et les organisations internationales pour légiférer et faire respecter les politiques réellement stratégiques. L’échelle du bassin hydrographique qui donne une vraie cohérence à la mise en place des infrastructures pour protéger et mettre en valeur. L’échelon local où l’on sait mieux que partout ailleurs comment doivent s’organiser la distribution de la ressource et la lutte contre les pollutions.
Transférer et adapter les connaissances aux nécessités des pays et des régions les plus pauvres. Les programmes de recherche-développement ne peuvent continuer à être uniformes au service d’une logique purement économique. Il nous reste à inventer des solutions rustiques et moins coûteuses en admettant que la future station d’épuration d´une ville africaine pourra être différente de celle d´une ville europénne.
Pour que ces dispositions, ces solutions simples et à l’échelle du monde contemporain puissent être mises en oeuvre rapidement, il manque sans doute à la communauté internationale un outil de concertation et un mode d’organisation. Nul doute que dans les années à venir les formes de l’aide au développement évolueront avec l’émergence de ce que l’on appellera les pays du Centre. Bien sûr la Chine et l’Inde, mais déjà le Brésil, le Maroc, la Turquie, les Emirats, l’Indonésie et d’autres qui sont à la fois de nouveaux banquiers internationaux et des pourvoyeurs d’idées et de solutions techniques et financières, apparaissent sur cette scène là.
Il y a nécessité urgente à une diplomatie de l’eau qui s’accorde à la fois sur l’équilibre des grandes masses d’eau continentales, sur l’apaisement des conflits potentiels autour de plusieurs bassins transfrontaliers et sur le refinancement de la dette des pays les plus pauvres en faveur de l’eau et de l’assainissement. Sur ce dernier point la concertation est essentielle entre donateurs bilatéraux et multilatéraux pour que les annulations et les allègements de dette soient accordés sous réserve d’un réinvestissement préférentiel dans le domaine de l’eau.
La cause de l’eau ne progressera que si l’on en débat. De même qu’il y a des accélérateurs de particules, cette cause a besoin d’un «accélérateur d’efficacité», qui permette enfin l’élaboration d’une stratégie hydro-politique internationale à travers l’affirmation d’une véritable responsabilité collective.
C’est ce à quoi s’est attaché le Conseil Mondial de l’Eau depuis sa création en 1996. Et je souhaiterais saluer ici le soutien et le rôle de mon ami Ben Braga, Vice-Président du Conseil Mondial de l´Eau. C´est important, chers amis, que l´un des meilleurs experts brésiliens de l´eau soit à mes côtés pour valoriser la cause de l´eau.
Depuis deux ans, nous travaillons avec nos collègues turcs pour la préparation du 5ème Forum Mondial de l’Eau sur le thème « Bridging Divides for Water ». C’est un effort qui mérite une attention soutenue.
Itaipu Binacional, qui compte parmi les membres du Conseil Mondial de l’Eau, a un grand rôle à jouer pour porter les couleurs du Brésil, bien sûr. Mais aussi pour contribuer à ce que dans les semaines à venir et puis en mars prochain, le débat se poursuive, les idées circulent.
Ce 5ème Forum sera une réussite si chacun, les politiques, les entreprises mais aussi les ONG, les syndicats, toute la société civile vient y participer pour échanger, pour discuter et mettre en avant des solutions concrètes pour faire face à ces difficultés qui pèsent sur l’avenir de l’eau dans le monde.
Je vous remercie tous, par avance, de votre participation, mais aussi de votre tolérance et de votre enthousiasme à faire de la cause de l’eau une cause acceptée, un challenge réussi. Merci à vous tous de contribuer au succès du Forum d’Istanbul.
Merci à la Turquie et à son Ministre Veysel Eroglu ici présent de l’accueillir et de joindre ses efforts à ceux du Conseil Mondial de l’Eau pour l’organiser en mars 2009.
Acceptez mon salut fraternel et mes salutations amicales.


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