«125 ans de National Geographic, de l’exploration au tourisme»




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Conférence

« 125 ans de National Geographic, de l’exploration au tourisme »

avec l’intervention de Monsieur François Marot,

rédacteur en chef de National Geographic France,

mardi 24 septembre à l’Office de Tourisme et des Congrès de Paris

Compte-rendu par les étudiants de l’IREST en Master 1

spécialité DATT promotion 2013-2014



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Sommaire




Sommaire 1

1.National Geographic ; un magazine d'exploration et de découvertes qui se veut sans liens avec le tourisme 2

a.Historique 2

i.Une revue scientifique 2

ii.Le choix de présenter le monde à travers les photos 2

b.L’âge d’or de National Geographic ; exclusivités, innovations, diffusion internationale 3

c.L’apparition du tourisme chez National Geograhic à travers différents supports 4



2.Une diversification nécessaire : vers une cohabitation avec le tourisme 5

a.La chute de la presse dans le monde entraine de nouvelles conditions de travail 5

b.Le tourisme comme moyen d’attirer les annonceurs 6

3.Débat 8



  1. National Geographic ; un magazine d'exploration et de découvertes qui se veut sans liens avec le tourisme

    1. Historique



François Marot se présente. Il est rédacteur en chef de National Geographic. Il a eu l’occasion d’accueillir en stage un doctorant de l’IREST et connait l’Institut et ses problématiques. Il a réfléchi à un thème qui pourrait être évoqué dans le cadre de cette conférence. Il s’agira ainsi aujourd’hui de présenter de façon générale le rôle que la revue a joué dans la formation d’un imaginaire touristique.

François Marot rappelle qu’au départ National Geographic se conçoit comme un magazine et une association anti- touristique ; c’est un magazine de découverte du monde sophistiqué, haut de gamme, qui ne veut surtout pas être assimilé au tourisme. Ceci en principe, car dans la réalité est un peu plus compliquée. Il se propose ainsi de raconter comment l’histoire de National Geographic à un moment rencontre l’histoire du tourisme et comment aujourd’hui le magasine est largement impliqué dans le tourisme à différents niveaux. Il dit avoir hésité entre deux titres pour cette conférence, qui étaient soit : « National Geographic : 125 ans à forger une vision du monde » soit : « les 125 ans du National Geographic ; de l’exploration au tourisme » titre qui a finalement été retenu.


      1. Une revue scientifique

Le magazine National Geographic a été fondé en 1888 à Washington, par un groupe de scientifiques américains, de géographes, dans le but de créer une société, la National Geographic Society, qui était l’équivalent de la Société de Géographie de Paris ou la World Geography Society à Londres. A la fin du XIXème siècle, le monde est encore plein de terra incognita, convoitées par les Européens qui se ruent pour les découvrir, des nouveaux peuples et des endroits du monde jusqu’alors inconnus. C’est le cas d’une grande partie de l’Afrique, de l’Asie, ou encore de la Sibérie… Quand National Geographic est fondé en 1888, le monde reste pratiquement à découvrir. Au départ, c’était une petite revue assez austère, comme toutes les revues de cette époque sur ce thème. Elle était essentiellement écrite par des militaires, des géographes, des scientifiques et était dépourvue de photos.


      1. Le choix de présenter le monde à travers les photos

Le magazine progresse ainsi durant un temps, puis à partir de 1904, le jeune rédacteur en chef de l’époque (il avait environ 20 ans) décide, à défaut de disposer d’assez de texte pour remplir les pages, d’acheter à des scientifiques russes les photos d’une expédition russe en Sibérie. Cet acte fait alors l’objet d’un scandale, car la photographie était perçue comme un élément vulgaire ; venant d’un magazine aussi sérieux, cela paraissait choquant. Cependant, le rédacteur en chef tient tête et décide de faire de National Geographic un magazine qui présenterait le monde à travers les photos.


    1. L’âge d’or de National Geographic ; exclusivités, innovations, diffusion internationale


En 1904, le monde compte un milliard et demi d’habitants et l’aviation n’est qu’à ses débuts, réservée à une élite fortunée qui a les moyens de se déplacer. En comparaison, aujourd’hui nous avons environ deux milliards de passagers transitant par voie aérienne dans le monde, ce qui nous donne une idée de l’évolution rapide du tourisme en un peu plus d’un siècle.

Au départ le magazine National Geographic n’a aucun lien avec le tourisme ; c’est un magazine d’exploration et de découverte qui envoie ses reporters, généralement des scientifiques, dans des zones assez difficiles d’accès, peu connues. Il contribue par exemple à la découverte du Pôle Nord au tout début du XXème siècle, et à celle du Machu Pichu, ou encore participe - dans les années 30 - à la Croisière Jaune, le plus grand rallye automobile du monde organisé par Citroën, qui allait de Beyrouth à Pékin. National Geographic a suivi ces évènements dans un contexte difficile car les conditions de vie et de déplacement étaient à l’époque particulièrement compliquées. Ainsi se déroule le début de l’aventure du National Geographic, encore en ce moment un magazine réservé à une élite érudite qui s’intéresse à la géographie. Il n’était pas encore question à cette époque d’aborder des thèmes comme l’environnement ou l’évolution du monde comme aujourd’hui, l’urgence n’étant pas de mise.

Le magazine prend peu à peu de l’importance et commence à se vendre par millions d’exemplaires. Dans les années 50, un basculement s’effectue car bien que toujours prépondérantes, les explorations et découvertes de lieux se faisaient de plus en plus rares. Le magazine décide d’innover en faisant appel à des familles qu’il envoyait dans des endroits reculés afin d’étudier le comportement de ces familles face à de nouvelles conditions de vie (leurs réactions, l’adaptation, les difficultés rencontrées…), comme par exemple la famille Robinson envoyée à Madagascar dans un endroit isolé, et dont la vie était suivie pendant plusieurs mois par le magazine. Cette rubrique se donnait comme mission de faire découvrir le monde et elle se poursuit jusque dans les années 80. Dès lors, National Geographic consacrait déjà moins de sujets aux strictes explorations et aux expéditions, sans pour autant traiter de sujet touristique, même si cette formule tendait à s’en rapprocher.

En 1988 le magazine atteigne son apogée avec 11 millions d’exemplaires vendus dans le monde, essentiellement aux Etats-Unis. Mais les années 80 marquèrent aussi la période où, aux Etats Unis puis en France et en Europe, les chaînes de télévision se multiplient en même temps que les magazines papier, amenuisant l’exclusivité des thématiques de découverte du monde du National Geographic (même si au début du siècle il n’était déjà pas le seul sur le marché, il existait par exemple de grands journaux français comme Illustrations). Le magazine prend l’initiative à la fin des années 80 de se diversifier et de créer des éditions internationales, mettant de côté les idées reçus sur une possible domination de la langue anglaise en tant que langage international. Apparaissent donc des éditions adaptées pour les pays hispanophones, francophones, germanophones, et ainsi de suite, jusqu’à aujourd’hui où l’on recense près d’une trentaine d’éditions dans le monde.


    1. L’apparition du tourisme chez National Geograhic à travers différents supports


Aujourd’hui, les ventes de National Geographic tournent autour de 5 à 6 millions d’exemplaires dont 5 millions aux Etats-Unis et 1 millions dans les autres pays anglophones. Les trente-six autres éditions, non-anglophones, sont vendues à peu près à 2 millions d’exemplaires. C’est donc un des magazines les plus lus du monde qui totalise environ 8 millions de lecteurs à travers le monde. Dans les années 1980, la situation était différente. La concurrence accrue et la baisse des ventes obligent le magazine à se diversifier. C’est également à cette période que le tourisme fait son apparition dans National Geographic.

C’est à cette même époque que le magazine va connaitre un changement en profondeur. Pour François Marot, la photographie de la jeune Afghane aux yeux verts de Steve McCurry (qui fit la couverture du magazine) illustre parfaitement la transition entre ce qu’était National Geographic et ce qu’il est aujourd’hui. C’était un magazine d’exploration et de découverte qui montrait des choses étonnantes. Aujourd’hui, c’est un magazine qui met en avant certaines questions, certains problèmes liés à l’humanité et à la planète mais qui cherche aussi à analyser l’évolution du monde. Or, cette Afghane est, à son sens, le symbole de cette évolution du monde. C’est n’est pas quelqu’un qui vient d’un pays dont ne sait rien ; ni une découverte : cette image très forte exprime le passage progressif « d’un magazine qui fait découvrir le monde à un magazine qui questionne le monde ».

C’est lors de cette décennie que le magazine de tourisme National Geographic Traveler est créé. C’est aujourd’hui l’un des principaux magazines de tourisme au monde et en particulier aux Etats-Unis puisqu’il est tiré à environ 150 000 exemplaires. National Geographic Traveler est un magazine classique, haut-de-gamme, qui présente des voyages à l’instar des autres magazines de ce genre. Mais il présente également des sujets plus sophistiqués, à la façon de National Geographic. Il a été décliné dans d’autres pays, comme en Espagne, avec Viajes ou, sous le même nom, dans d’autres pays anglophones.

Parallèlement à Traveler, un autre magazine intitulé National Geographic Adventure a été créé. C’est une version « aventureuse » du voyage qui traite de sujets tels le trekking, les sports extrêmes, la varappe, etc. Ce magazine s’est bien moins vendu car il s’adresse à une part restreinte de la population. Il est aujourd’hui arrêté en version papier mais il existe toujours en version online.

Dans les années 1980-1990, National Geographic crée une agence de voyage très haute-gamme et destinée à des classes très aisées, la National Geographic Expedition. Par exemple, l’un des voyage proposé est un tour du monde en jet privé pour 15 000 à 20 000 dollars ou encore une croisière en Antarctique et au large de l’Amérique du Sud pendant 5 semaines à un tarif similaire. Ce sont donc des voyages à caractère très exclusif ce qui n’empêche pas l’activité de se développer de plus en plus et dans le monde entier.

Monsieur Marot a participé à l’un de ces voyages en tant que conférencier. C’était une croisière le long de la Seine et sur les plages du débarquement. Les clients étaient des touristes américains, « surinformés et sur-éduqués », entre 50 ans et 80 ans et ils étaient tous encore actifs (chirurgien, dentiste, avocat, une femme vice-présidente de Stanford…). Le profil des touristes de cette croisière est assez représentatif du public qui achète des revues National Geographic, c’est-à-dire des gens très aisés et très éduqués. National Geographic France a aussi voulu tenter l’expérience de l’agence de voyage dans les années 2003-2004 et est à ce jour le seul pays, en dehors des Etats-Unis, à l’avoir fait. National Géographic France a donc signé un partenariat avec le tour opérateur Allemand TUI. L’idée était de concevoir des voyages à forte valeur ajoutée (conférencier, très bonnes conditions de voyages, lieux uniques…). Il y avait des voyages au Maghreb, en Russie et en Asie. C’étaient des voyages basés sur le « comme vous ne l’avez jamais vu ». Par exemple, la Russie impériale comme vous ne l’avez jamais vue. Ces séjours étaient relativement chers c’est pourquoi le cœur de cible était des touristes entre 40 ans et 60 ans aisés. Cette expérience ne dura qu’entre deux et trois ans, la France étant un pays trop petit et qui n’avait assez de clientèle riche pour faire de cette expérience une réussite comme aux Etats-Unis.


  1. Une diversification nécessaire : vers une cohabitation avec le tourisme

    1. La chute de la presse dans le monde entraine de nouvelles conditions de travail


Les journaux et les magazines ont pendant des décennies, voir des siècles, très bien fonctionné. Leurs recettes provenaient d’une part de la diffusion et d’autre part de la publicité. Les plus grands magazines faisaient 70% de leurs revenus sur la diffusion et 30% sur la publicité car, il y a 10-15 ans, les diffusions étaient encore très importantes et les pages de publicités coutaient très cher. Les magazines disposaient donc de moyens considérables et rien ne semblait impossible jusque dans les années 1990. Plusieurs exemples peuvent être cités pour comprendre l’étendu des possibilités d’action des grands magazines : par exemple, un photographe de National Geographic avait acheté un avion sur ses notes de frais pour faire des prises de vues aériennes et il avait loué un ranch de 60 000 hectares dans le Wyoming pour faire son reportage sur les ranchs. Dans les années 1980-1990, si un rédacteur en chef de National Geographic basé à Washington trouvait que les photographies pour le reportage sur New York à paraître n’étaient pas satisfaisantes, on affrétait directement un jet privé pour New York. Autres exemples : jusque dans les années 2000, les photographes du magazine ne concevaient le voyage qu’en première classe ; ou encore, lors de l’après-guerre, National Geographic avait missionné un de leur rédacteur en chef adjoint à Paris pour trouver des idées, il a résidé à l’hôtel le Crillon durant deux à trois mois. Il faut souligner le fait que Paris est l’une des villes les plus abordées par National Geographic, ainsi que la thématique de la France, sujet de prédilection pour les Américains qui s’y intéressent beaucoup.

Aujourd’hui la situation de la presse est radicalement différente car le secteur se porte très mal. En comparaison, un rédacteur en chef peut se retrouver fautif pour une note de frais de douze euros de taxi !


    1. Le tourisme comme moyen d’attirer les annonceurs

L’évolution du monde, des modes de vie et surtout des médias met aujourd’hui en péril la presse, où les journaux et magazines rivalisent pour trouver des annonceurs. On est passé d’un monde à l’autre. Pour citer un exemple, il y a deux ans, National Geographic a eu l’idée d’introduire des rubriques sur le tourisme en présentant des pays, des peuples, des histoires et des civilisations, sans suivre une ligne directrice, la tendance ou bien la saison. Mais, ces thèmes n’attiraient pas ou peu les annonceurs dont le but est de faire vendre des voyages, et donc de proposer du « tourisme vrai ». Comme le confesse François Marot : « les annonceurs ont dit qu’il y avait une saisonnalité des sujets tourisme et, par conséquent, si nous faisions la Bolivie à un certain moment de l’année ou le Canada à un autre et que ce n’était pas le moment, personne ne prendrait de publicité dans le journal. Nous ne savions pas ce genre de choses. Nous avons accepté le « line up » de sujets tourisme et maintenant, ces sujets attirent les annonceurs ».



Il y a une relation ambigüe entre National Geographic et le tourisme, puisque l’évocation de zones géographiques explorées dans les pages du magazine, comme des lieux pourvus d’une riche biodiversité ou encore le lieu de vie insoupçonné d’un troupeau d’éléphants, peuvent non seulement attirer les touristes mais aussi les trafiquants. Par conséquent, les reportages ne sont pas précisément localisés afin d’éviter que l’écosystème ne soit bouleversé par les touristes ou que les animaux soient massacrés par des braconniers. Les projets avec les annonceurs tourisme se sont progressivement multipliés. National Geographic continue à développer ses rubriques tourisme surtout sur son site internet, mas il y a souvent des suppléments ou des « tirés à part » avec le magazine dont l’importance dépend du montant des financements de l’annonceur, avec des suppléments au format du magazine qui peuvent être plus ou moins épais. Par exemple, un supplément de 36 pages avait été réalisé pour Israël et Abou Dhabi (facturé 100 000€) et un supplément avait été réalisé pour Air France de 64 pages (avec un coût plus conséquent). Il s’agit à la fois de publicité et d’information. C’est un cahier supplémentaire qui traite d’un sujet complet. Pour autant il n’y a pas de doute sur le fait qu’il s’agisse de publicité. Cela permet à l’annonceur d’avoir un espace dans National Geographic et au magazine d’avoir un sujet à part dont il conçoit la maquette et la rédaction. Il faut cependant être attentif aux attentes des annonceurs car il y eu des problèmes notamment avec le supplément sur Israël dont les cartes ne mentionnaient pas certaines limites politiques.
  1. Débat


Olivier Durand, M1-GSVT: En ce qui concerne les annonceurs, pas forcément pour National Geographic mais aussi pour des magazines comme Géo, il y a une saisonnalité. Comment cela se passe ? Y a-t-il des offices du tourisme plus virulents pour la communication ?

François Marot: Oui, il y a des offices du tourisme qui ont une volonté de communiquer. Cela a été le cas pour Israël mais aussi pour l’Inde (où il y avait une véritable volonté politique). Problème pour Israël : il y a eu une crise avec le Liban ce qui a mis un frein à cette volonté de communiquer. Le problème majeur à l’heure actuelle est que les annonceurs s’en vont à cause de la crise. Certains arrêtent car c’est la crise ou d’autres se tournent vers internet. D’autres encore vont vers des grands tirages (1 millions de lecteurs ou de téléspectateurs). Même les grandes chaînes de télévision en souffrent. Aujourd’hui, la presse est en crise, c’est une industrie qui s’effondre, et celle qui est censée la remplacer, internet, n’est pas rentable. Il y a très peu de sites d’information dans le monde qui sont rentables. Un site comme National Geographic fait 600 ou 700 millions de visiteurs, 35 millions de $ de chiffre d’affaires et fait 50 000 $ de résultats, ce qui est pathétique. Aujourd’hui, on se demande ce qui va se passer car personne n’a trouvé de solution. Autrefois, le monde de la publicité était très stable. Les annonceurs prenaient des pages à l’avance (parfois, pour plus d’un an). Aujourd’hui, ils changent d’avis jusqu’à la veille de la publication et peuvent partir annoncer ailleurs (radio ou télévision). Il est donc difficile de prévoir et de se projeter à l’heure actuelle.

Fanny Bellicha, M1- GATH: Avez-vous envisagé des plans de communication liés avec une marque ? Avez-vous prévu des partenariats qui permettraient de financer des voyages ?

François Marot : C’est compliqué ! Je voulais en ce qui me concerne proposer des cours de photo sur notre site : photo sous-marine, photo animalière, photo de guerre, etc… Ces cours auraient été financés par Canon, Nikon, etc. C’est compliqué à mettre en place car nous n’avons pas les équipes pour le faire. Avec la crise, les équipes sont de plus en plus réduites ce qui rend les choses vraiment difficiles. Pour en revenir aux grands groupes, tout le monde sait qu’ils ont de l’argent. Ils sont donc assaillis de demandes. Même avec la notoriété internationale de National Geographic, il est difficile d’obtenir un partenariat. Le problème du tourisme en journalisme, c’est que ce n’est pas très intéressant pour le journaliste. Si on est financé par Louis Vuitton, que reste-t-il de la pureté et de la beauté du journalisme ? Si TUI finance un voyage, il va imprimer sa conception du voyage ce qui pose problème pour la liberté de la presse. On sort du journalisme pour arriver vers la communication. Avec la crise, la liberté de la presse souffre car il ne faut pas perdre les grands annonceurs. Le problème est que la seule diffusion des magazines n’est plus suffisante pour financer les magazines. Pour en revenir à Louis Vuitton, c’est une très bonne idée, seulement, tous ces grands groupes (Total, LVMH,…) sont assaillis de demande de subventions et sponsors. A moins d’être porteur d’idées novatrices et prometteuses, même un grand nom comme National Geographic ne suffit pas à obtenir des aides. L’autre embarras d’être sponsorisé par Vuitton ou autre c’est : que reste-t-il de la pureté du journalisme ? Ça c’est la grande question aujourd'hui. Si par exemple, imaginons le plus grand tour opérateur du monde,…disons TUI a envie de financer un magazine de voyage, c’est bien, sauf que TUI va impulser, imprimer sa marque et imposer des choix éditoriaux parce qu’il s’agit de son intérêt. On sort alors du journalisme pour arriver à la communication. De ce fait cette relation avec des marques ou des entreprises a ses limites, lesquelles portent atteinte à la liberté de la presse qui est en train de souffrir de façon assez conséquente. Par exemple, on ne peut plus diffuser une enquête sur des thèmes tels que les arnaques des supermarchés ou la mauvaise qualité des produits l’Oréal, car c’est s’exposer à la perte des financements de ces groupes, au risque de mettre la clé sous la porte. La limite de tout cela est le fait que la diffusion des magazines n’est plus suffisante pour payer les magazines.

L’intervenant de l’office du tourisme: Deux questions ; une plus technique et une plus générale. TF1 a maintenant un système de pricing de la publicité en fonction de l’audience et d’autres paramètres assez proches de la demande, est-ce que vous avez un système similaire ? Et une question un peu plus générale qui porte sur les enjeux du online, en terme de produit ou de réseaux, peut-être pas forcement en termes de partenariats, mais on voit bien que c’est une charnière entre l’édition papier et l’édition online... comment sentez-vous évoluer les choses dans 2 ans, 5 ans, 10 ans ?

François Marot : A propos du pricing de la pub, nous avons des diffusions qui sont officielles ; National Geographic France est aux alentours de 200 000 exemplaires, ce qui dans le contexte actuel en fait un magazine qui n’est pas si ridicule que cela, contrairement à avant où on l’aurait considéré comme un petit magazine. Maintenant quand vous lancez un nouveau magazine et qu’il atteint 100 000 exemplaires vous êtes vraiment important ! C’est plutôt 40 000 ou 50 000 en moyenne. Le groupe pour lequel je travaille par exemple n’aurait jamais sorti un titre à moins de 500 000 garanti auparavant, et là ils ont sorti NEON qui doit être à 20 000 ou 30 000 exemplaires. Donc la pub, la diffusion des magazines, est parfaitement connue, mesurées, etc. ça s’appelle l’OJT1. D’autre part, on prend en compte la mesure du lectorat, ce qui intéresse les publicitaires. Qui est le lecteur de National Geographic ? Qui est le lecteur de Géo, de Paris-Match, du Parisien, etc. L’avantage de National Geographic est que nous avons un lectorat très haut de gamme qui a été mesuré, nous avons donc une part de CSP2 +++, qui est plus importante que la plupart des magazines et en dépit du fait que notre diffusion ne soit pas stratosphérique par rapport à notre grand frère américain par exemple -qui est tiré à 6 millions d’exemplaires. Mais le fait que nous ayons parmi nos cibles des personnes ou familles très aisées, avec des revenus de plus de 10 000€ par mois, plait aux publicitaires parce que c’est leur ligne de mire. Notons que nous avons eu beaucoup d’annonces venant de Hermès ainsi que quelques produits de luxe ; pour revenir à l’exemple de Louis Vuitton, on a fait un petit supplément à part, alors qu’il n’a jamais annoncé chez nous. Ils ont dépensé beaucoup d’argent pour ce supplément mais jamais pour le magasine proprement dit. Est-ce que vous lisez tous la presse et les magazines ? (les étudiants et le publique acquiescent). Je pense que vous êtes la dernière génération. Je fais des rencontres dans des ZEP, je discute avec de jeunes gens qui ont entre 14 et 16 ans qui n’ont pas accès aux mêmes choses que les enfants privilégiés. Quand je leur demande ce que qu’ils lisent, c’est au mieux Closer et au pire rien. Ce qui fait très peur parce qu’on voit que c’est toute une population qui a complétement décroché. Non seulement décroché mais quand je leur dis le Monde, le Figaro, l’Express,…Rien ! Cela ne veut pas dire qu’ils sont stupides, cela veut dire qu’ils n’y ont pas accès. Donc une part de la société française de cet âge, c'est-à-dire entre 16 et 20 ans, n’a plus du tout accès à la presse, ne s’y intéresse pas, ou n’a jamais été en contact avec la presse. Quand j’ai fait mon service militaire, sur toutes les personnes présentes, il n’y avait qu’une seule personne qui n’avait jamais vu de magazine, les autres, quel que soit leur milieu social, savaient au moins ce que c’était. Donc je trouve cela inquiétant parce que ça veut dire qu’il n’y a pas de génération qui va renouveler le lectorat.

Pour répondre à votre question sur l’évolution à venir du magazine, on ne peut savoir, tout le monde tâtonne. Par exemple le New York Times, un des géants de la presse mondiale, a pour la première fois je crois cette année son chiffre d’affaire online qui va être supérieur à son chiffre d’affaire print. Pour vous donner aussi une idée de l’effondrement de l’industrie : j’ai vécu aux Etats-Unis entre 1995 et1996, et le Boston Globe qui été considéré à l’époque comme l’un des plus grand quotidien américain vaut aujourd’hui 7% de la valeur qu’il avait à l’époque. Il a perdu 93% de sa valeur.



Eva Fresse, M1-EDTI: pourquoi au départ, le magazine n’était-il pas axé sur le tourisme et pourquoi ne voulait-il pas se positionner sur ce créneau-là ? Car, même si la découverte était primordiale, pourquoi cet « anti-tourisme » comme vous l’avez mentionné tout à l’heure ?

François Marot : Comme je vous le disais, c’est pour des raisons historiques. Au début de sa création, le tourisme de masse n’existait absolument pas. Et puis à l’origine, c’est une revue scientifique et le demeure. D’ailleurs, lorsque vous achetez National Geographic, une partie de votre argent va à la recherche scientifique. C'est-à-dire qu’il y a eu à peu près 8000 à 10 000 expéditions et recherches diverses qui ont été financées par National Geographic grâce à ses lecteurs. Vous avez un magasine qui est supposé être à l’avant-garde de la découverte alors que le tourisme apparait quand d’autres ont déjà exploré. D’autre part il y a le fait que le tourisme peut être un facteur de détérioration, alors que l’optique de National Geographic est d’avoir une influence très environnementale, de sensibiliser à la nature et l’homme. C’est un rapport très ambivalent car en même temps, National Geographic a un magazine de voyage et organise lui-même des voyages. En comparaison, Geo est beaucoup plus imposant que nous en France mais plus petit au niveau mondial, Geo est un magazine de voyage et c’est ce qui fait la différence.

Julie Roman, M1-GATH: Vous parliez de l’édition journal mais par rapport à la télé, il existe une chaine National Geographic : qu’est-ce-que cela peut apporter à ceux qui la regardent ? Est-ce qu’elle a un lien avec le journal ?

François Marot : J’ai eu l’honneur pendant un an, de 2005 à 2006, d’avoir une émission sur cette chaîne « le magazine », coproduite par le magazine et la chaine, ce qui est assez éprouvant quand on a jamais fait de télévision. La chaine est arrivée après le magasine, et quand elle est arrivée les gens de la chaine (Foxnews) qui n’avaient aucun rapport capitalistique avec le magazine ont décidé de s’installer avec nous ; puis ils ont tous déménagés et la chaîne et le magazine se sont « perdus de vue » donc il n’y a quasiment plus de relations entre les deux. Aux Etats-Unis, la chaine est relativement importante. Personnellement, quand j’y étais en 1995-1996, c’était le moment où a explosé Discovery Channel ce qui a été un choc pour National Geographic car ils se reposaient sur leur 8 à 10 millions d’abonnés. Cette chaine américaine offrait les mêmes thèmes mais à l’écran: vie sauvage, animalier, peuples. C’est à ce moment que National Geographic s’est réveillé et a créé une chaine de télévision. Petit à petit la chaine s’est installée notamment en Asie où elle était fortement présente. Aujourd’hui je pense que c’est la chaine qui est la plus rentable, par rapport au magazine, même si elle est partagée entre Foxnews et National Geographic et je ne suis pas sûr que National Geographic soit majoritaire. Tandis qu’auparavant, c’était le magazine qui se vendait le plus puisque les recettes représentaient des centaines de millions de dollars.

Valentina Perego, M1-DATT: Vous avez évoqué les enjeux liés à l’environnement. Aujourd’hui, on parle beaucoup du tourisme durable et équitable, qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce juste un effet de mode ou un niveau type de tourisme qui va perdurer ?

François Marot: Le site dont je parlais tout à l’heure est un site autour des questions du tourisme durable. A vrai dire, je pense que l’on peut limiter l’impact du tourisme sur les écosystèmes et sur les peuples si on éduque les gens. Par exemple : comme vous, je me balade sur une plage je vois un joli coquillage, je le ramasse ; ce n’est plus possible malheureusement aujourd’hui. A Hawaii, ou en Papouasie, si tout le monde fait ça il n’y aura plus de coquillages au bout d’un moment. Ce sont des questions qui se posent au-delà même de parler du bilan carbone car avec plus de 2 milliards de passager, ce sont des tonnes de pétrole utilisées pour transporter des gens mais on ne pourra jamais l’arrêter. Il faudrait plutôt trouver des avions plus propres et c’est pour ça qu’on construit des avions plus gros qui transportent plus pour moins de pétrole comme l’A380 plutôt que le Boeing 747, qui va être arrêté car il qui consomme pour beaucoup plus de pétrole pour cent passagers de moins. Pour l’anecdote, lors de la Croisière Jaune dans les années 1930, entre Beyrouth et Pékin, les participants n’avaient pas de problème pour avancer, pourquoi ? Parce qu’il n’y avait jamais eu de voiture qui était passée ; et quand aucune voiture n’est passée avant vous, vous passez très bien, parce qu’il n’y a pas d’ornières. Maintenant, les voitures « rament » dans beaucoup d’endroits parce qu’il y a tellement de voitures qui sont passées que vous avez des ornières, plus de véritable route : cela dégrade l’environnement. Malheureusement la multiplication des structures touristiques dégrade forcément l’environnement d’une part car les terres sont intéressantes et sont utilisées pour plusieurs raisons, sans compter les rejets dus au tourisme qui nécessitent des centres de traitement que les pays n’ont pas forcément les moyens de mettre en place, et d’autre part car il y a beaucoup de trafic et tout cela a un impact. La seule solution est d’éduquer les gens. Il faut penser à l’impact que l’on a sur notre environnement, où on est, à un moment donné.

Anthony Guido, M1-DATT: Quelle est la différence entre l’édition américaine de National Geographic, et l’édition française ?

François Marot: L’édition française existe depuis octobre 1999. L’édition américaine a cette différence qu’elle fonctionne à 99% en abonnement (5 millions en tout, 150 000 vendus en kiosque). Quand vous concevez un magazine pour l’abonnement, ce qu’on met sur la couverture importe peu car les gens l’achètent dans tous les cas. L’édition française, c’est 150 000 exemplaires vendus en kiosque. C’est très peu important. Nous au départ, c’était supposé être 50-50, puis 1/3-2/3 : un tiers en kiosque, deux tiers en abonnements ; mais si vous voulez vendre en kiosque, il faut avoir une couverture attirante, surtout qu’en plus, vous l’avez constaté, c’est un petit magazine, qui n’émerge pas en kiosque, par rapport à Géo, etc., qui ont un autre format. Pour émerger en kiosque vous « ramez », non seulement il faut émerger en kiosque, mais en plus il faut attirer l’œil du lecteur, avec des sujets, des thématiques qui peuvent l’attirer. Je me suis donc dit « essayons de trouver des thématiques vendeuses de temps en temps pour faire des sujets de couverture qui pourraient être plus « sexy » que ce que proposent les américains. Et donc on a produit beaucoup, beaucoup de petits sujets, beaucoup de sujets de couverture, dont certains ont marché, d’autres moins. Je suis assez content de moi, car sur le nombre de sujets qu’on a produit sur toutes ces années, a peu près 50% a fait plus que la moyenne de diffusion, cela veut dire que cela valait le coup de le faire. Le dernier gros sujet qu’on ait produit remonte à quelques mois, et il a bien marché, c’était un sujet sur les chamans d’Amazonie. C’était un excellent sujet, et les gens sont toujours intéressés par tout ce qui est santé - santé par les plantes, etc.. Ce sujet réunissait tout cela ; c’était à la fois de l’ethnologie, de l’histoire, de la géographie. Il y a eu des numéros où c’était à peu près 50% de production française, 50% de production américaine, il y a eu des numéros où c’était 10%-90%, il y a toujours une prédominance de la production américaine, par contrat, mais nous avons produit beaucoup de sujets, et beaucoup de sujets qui ont d’ailleurs été repris dans un certain nombre d’éditions internationales. Par exemple, il y a eu un sujet qui a été repris par quasiment toutes les éditions, sauf par les éditions américaines, parce qu’il y a eu le 11 septembre entre temps, un sujet sur l’Afrique à Paris, il y a très longtemps, par un photographe qui est assez connu, ça a eu beaucoup de succès, et cela avait été racheté par pas mal d’éditions ; on avait même fait un hors-série sur le Livre de la Jungle, qui avait été racheté in extenso par toute l’Amérique Latine.

A cause de la crise, et de mon départ, je pense que la production française va être réduite : sur les 36 ou 37 éditions de National Geographic qui existent, les petites éditions ne produisent quasiment pas, et je pense que cela va être le cas pour nous maintenant.



Elena Prekrasna, M1-DATT: Je reviens sur la question précédente. Est-ce que National Geographic pourrait être un élément d’éducation à la préservation de l’environnement, comme vous avez dit, ou plutôt des sortes d’archives pour les générations futures, pour rappeler la mémoire des peuples ou de ce qu’il y avait avant ? 

François Marot : L’une des missions que s’assigne National Geographic, c’est justement d’éduquer les gens à propos de l’environnement et du tourisme en général, en tout cas dire aux gens ce qu’il faut faire et ne pas faire. Maintenant quel est l’impact de cela, encore une fois la version internationale, la version anglaise de National Geographic ne suit pas ce que nous faisons. Pour vous donner une idée, on tire à peu près à 150 000 exemplaires, on a 1 800 000 lecteurs, donc on peut supposer qu’il y a 1 800 000 lecteurs en France, en plus des autres journaux, des autres médias, qui peuvent sensibiliser à ces questions. Je pense que les gens sont de plus en plus sensibilisés à ces questions, on peut prendre l’exemple des Chinois ! Ils construisaient une centrale à charbon par semaine à un moment donné, pour arriver à fournir de l’énergie à leur production industrielle ; aujourd’hui, les conséquences sont catastrophiques ! Les gens de ces régions industrialisées respirent un air vicié toute la journée, et les contestations se font de plus en plus ressentir. Les citoyens se mettent en grève, manifestent, et les autorités sont conscientes du fait que si toute leur population est malade, cela va poser un problème, donc même les autorités aujourd’hui commencent à prendre des mesures assez drastiques pour protéger l’environnement. Il y a des endroits magnifiques, avec des fleuves somptueux, mais ces fleuves sont morts. Le processus met du temps à se mettre en place, entre la sensibilisation et l’action.

1 Office de Justification des Tirages

2 Catégorie Socio-Professionnelle



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